LES TRACES D'UNE PRÉSENCE.

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

L'expérience chrétienne de la foi implique cette constante tout à fait centrale de l'évangélisation apostolique: L'expérience du Christ, Ressuscité et constitué Seigneur. Penchons-nous sur les traces de sa présence ou bien, en d'autres termes, sur certains des traits les plus caractéristiques de cette expérience, qui définit l'identité de l'eglise naissante comme celle d'aujourd'hui.


En premier lieu, Jésus Ressuscité, constitué Seigneur de l'histoire, n'est pas reconnu d'emblée; qui plus est, les disciples mettent du temps à le reconnaître. Ainsi en est-il de ceux d'Emmaüs qui, sur le chemin du retour, commentant l'échec de leurs espérances, ne le reconnaissent que lorsqu'il rompt le pain: Alors, leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent (Lc 24-31) avant, leurs yeux étaient aveuglés (24, 16), ils étaient sans intelligence et lents à croire (24, 25), même s'ils avaient perçu quelque chose de spécial. Notre cœur n'était-il pas tout brûlant en nous, quand il nous parlait en chemin en quand Il nous expliquait les Ecritures? (24, 32). Pour Marie Madeleine dans le jardin, se produit quelque chose de semblable (Jn 20, 15), ainsi que pour les disciples au bord du lac (Jn 21, 4).


Les disciples mettent du temps a le reconnaître parce que, entre d'autres raisons, Jésus a profondément changé: son mode de présence est différent. Il n'est plus parmi nous à la manière d'un homme, mais à la manière de Dieu, c'est à dire en tant que Seigneur. Et c'est ainsi que tous, peu a peu, l'identifient, et peu a peu, le reconnaissent: les disciples d'Emmaüs qui repartent pour Jérusalem et partagent la bonne nouvelle: C'est vrai, le Seigneur est ressuscité! (Lc 24, 34); Marie Madeleine, qui réagit avec un mot généralement réservé à Dieu: Rabbouni, plus solennel que rabbi, qui signifie maître (Jn 20, 16); le disciple bien-aimé, qui l'annonce à ses compagnons de pêche: C'est le Seigneur (Jn 21, 7-12); Thomas, qui passe de l'incrédulité à la foi: Mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20, 28). Avec la reconnaissance, s'imposent la paix, la stupéfaction, la joie: Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur (Jn 20, 20; Lc 24, 41).


Jésus de Nazareth, constitué Seigneur (à l'égal de Dieu!), est reconnu ¿au milieu des circonstances ordinaires de la vie, dans lesquelles fait irruption la bonne nouvelle de la résurrection. Par exemple, sur le chemin du retour, au plus profond de l'expérience frustrée des disciples d'Emmaüs (Lc 24, 21), dans la recherche errante et les pleurs inconsolables de Marie Madeleine (Jn 20, 11-15), au fond de la nuit infructueuse et inutile des disciples partis pour pêcher (Jn 21, 3), ou encore dans l'attitude sceptique et incrédule de Thomas (Jn 20, 25).


Jésus de Nazareth est reconnu Seigneur de l'histoire (de "notre" histoire) au milieu d'événements qui acquièrent force de signes. C'est de cette même manière que tout au long de l'histoire, avait été reconnue la présence du Dieu d'Israël: au milieu d'événements qui parlent, qui ont un sens, qui révèlent quelque chose. Ainsi, les disciples d'Emmaüs le reconnaissent quand il rompt le pain et la travers tout ce qui s'était produit ce jour-là: le parole brûlante du voyageur inconnu, le feu ardent dans le cœur, le sens des écritures comme clef pour les événements, l'interpellation profonde, le geste de l'hospitalité, la bénédiction, le repas pris ensemble, l'incroyable présence (Lc 24, 32; 24, 25-31); dans l'ensemble des faits qui se succèdent dans le jardin (comme toujours, évoques avec sobriété), Marie Madeleine reconnaît Jésus dans la parole qu'il lui adresse (Jn 20, l6); il en est de même pour les disciples: au bord du lac (Jn 21, 4-13), au Cénacle (Jn 20, 19-21; Mc 16, 14-18; Lc 24, 36-49), en haut d'une montagne (Mt 28, 16), à tous il se manifeste dans ses paroles.


Jésus Ressuscité est présent dans l'histoire a la manière de Dieu, en tant que Seigneur: c'est ce qui explique qu'il ne soit reconnu que par ceux qui croient, c'est à dire ceux qui reconnaissent l'action de Dieu dans l'histoire. En effet, Jésus Ressuscité ne se rend pas présent dans la vulnérabilité de la chair et du sang, mais dans la dynamique de l'esprit: personne ne Peut dire: "Jésus est le Seigneur" de lui-même, mais sous l'impulsion de l'Esprit Saint (1Co 12, 3).


La résurrection de Jésus qui le constitue Seigneur est un événement transcendant qui, cependant, s'inscrit dans des signes historiques réellement "palpables" par ceux qui croient. Ainsi, certains peuvent dire que Jésus fait route avec eux (Lc 24, 15), mange et boit avec eux (24, 30-43), pêche avec eux (Jn 21, 6), se trouve réuni avec eux, se présente au milieu d'eux bien que les portes soient fermées (Jn 21, 19). Jésus Ressuscité se situe, en tant que Dieu vivant, au cœur même de l'histoire. Et Il y accomplit de nouveau les signes qui confirmèrent sa mission évangélique et qui permettent de le reconnaître. Ces mêmes signes, de plus, sont ceux qui confirment la mission des disciples (Mc 16, 20).


Le fait que Jésus soit reconnu comme Seigneur de l'histoire suppose un changement profond, radical (Act 2, 37). En effet, les premiers chrétiens restent stupéfaits, perplexes (1, 12 ), comme s'ils avaient trop bu (1, 13), ils deviennent fous, ils mettent tout en commun (2, 42-44; 4, 32-35). Le changement spectaculaire de Paul de Tarse cause un impact spécial: Mais n'est-ce pas précisément celui qui harcelait ceux qui se référaient à ce nom-là? (9, 20).
Nous pouvons revoir si notre expérience du Christ présente les caractéristiques suivantes:
 Il n'est pas reconnu au premier abord 
 son "mode de présence" est différent 
 dans les circonstances ordinaires de la vie 
 au milieu d'événements qui deviennent des signes 
 dans ses paroles 
 quand Il rompt le pain 
 dans la dynamique de l'esprit 
 seulement pour ceux qui croient 
 ils deviennent "fous"