OPTION POUR LES PAUVRES

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

L´expérience de foi, si elle est authentique, implique aussi une option pour les pauvres. Nous pouvons nous demander ce que cela signifie: une option au niveau des catégories sociales? Plus encore qu´au niveau des catégories sociales? Faire l´aumône? Donner ce que nous avons en plus? Partager? Choisir un mode de vie de pauvre? Se situer aux côtés de ceux qui sont humbles et qui souffrent?
La pauvreté est une donnée constante de l´expérience humaine. Celui qui est pauvre se trouve soumis au poids d´une misère ponctuelle ou permanente: faim, maladie, ignorance, injustice, tyrannie. Les pauvres, bien souvent oubliés où que ce soit, posent des questions aussi vives et universelles que le pain, la santé, le travail, le logement, l´éducation, la justice, la liberté. Dans le monde où nous vivons, dont la population atteint actuellement environ 5.700 millions d´habitants, 500 millions de personnes souffrent de la faim;  1700 millions ont une espérance de vie inférieure à 60 ans; 1500 millions sont au chômage;  1000 millions sont inalphabètes; 2000 millions manquent de points d´eau potable et sûre; 500 millions sont des handicapés: 28 millions sont des réfugiés.
Dans la Bible, la pauvreté est un mal qu´il faut combattre en la resituant dans un monde fraternel: Jamais il ne cessera d´y avoir des pauvres sur la terre; c´est pour celà que je te l´ordonne: ouvre la main pour ton frère, celui qui est  pauvre, celui qui est dans le besoin sur la terre (Deut 15,11). La pauvreté, en elle-même, est mauvaise; c´est le signe vivant du péché des hommes. Ce que le pauvre crie, c´est que le monde ne répond pas au projet de Dieu. Il est vrai que la pauvreté peut être le fruit de la paresse (Prov 6,6-11) ou encore du désordre (13,18), mais il est sûr aussi que beaucoup de pauvres sont victimes de l´injustice de ceux qui profitent de leur faiblesse pour les exploiter. Ces pauvres ont trouvé tout naturellement dans les prophètes leurs défenseurs.
Les prophètes dénoncent l´oppression dont souffrent ceux qui sont faibles et les différences scandaleuses qui existent entre riches et pauvres. Ecoutez celà, vous qui foulez au pied celui qui est pauvre…Jamais je ne pourrai oublier vos actions! (Am 8,4-7). Et aussi: Malheur à vous, ceux qui accumulez maison sur maison, et qui vous appropriez terrain sur terrain: vous finissez par occuper toute la place et vous retrouver seuls dans le pays! (Is 5,8). Le Messie attendu défendra les droits des pauvres: Il fera justice à ceux qui sont faibles et ses sentences seront équitables pour les pauvres de la terre (Is 11,4; Ps 72, 2 et suivants).
Jean le Baptiste n´exige aucune pratique ascétique spéciale. Il appelle à la    conversion. Et la question qu´il provoque est la suivante: Que devons-nous faire? (Lc 3,10). Il répond en disant qu´il est nécessaire de partager: Celui qui a deux tuniques, qu´il partage avec celui qui n´en a pas; celui qui a de quoi manger, qu´il fasse de même (3,11). Aux publicains, qui touchent les impôts, Jean ne leur dit pas de changer de profession, mais de renoncer aux abus: vous ne demanderez pas plus que ce qui est fixé (3,13).  Aux soldats, qu´ils soient des mercenaires ou des étrangers, Jean ne leur dit pas non plus qu´ils doivent changer de profession,  mais qu´ils n´abusent pas de la force: ne commettez pas d´extorsions, ne faites pas de fausses dénonciations, contentez-vous de votre solde  (3,14).
Avec Zachée, chef des publicains, homme riche, Jésus fait quelquechose de semblable. Lui-même se situe au-dessus des commentaires qui vont bon train: il a été loger chez un pêcheur (19,7). Zachée est décidé à partager et à rendre quatre fois ce qu´il a volé aux autres. Jésus dit: Aujourd´hui, le salut est entré dans cette maison (19,9).
Marie fait partie des pauvres auxquels les prophètes et les pauvres annoncent le salut: le pauvre ne reste pas dans l´oubli pour toujours, il n´est pas pour toujours condamné à l´espérance des malheureux (Ps 9,19). Dieu intervient en faveur des humbles, des faibles et des pauvres: il a renversé les puissants de leur trône, il a exalté les humbles. Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides(1,52-53).
L´Evangile annoncé par Jésus fait irruption sur une terre réduite à l´esclavage, qui se trouve dans les ténèbres, en demande de rédemption. Il constitue une bonne nouvelle pour les pauvres, la multitude de ceux qui sont soumis par les puissants. L´enseignement de Jésus n´a rien d´abstrait, et, sans aucun doute, là où il y a oppression surgira une Parole de libération. Comme ce jour-là, à la synagogue de Nazareth: l´Esprit du Seigneur repose sur moi, parce qu´il m´a oint. Il m´a envoyé porter la Bonne Nouvelle à ceux qui souffrent, guérir les cœurs brisés, proclamer une amnistie à ceux qui sont captifs, et à ceux qui sont prisonniers, la liberté, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur (Lc 4,18-19).  La mission de Jésus présente, comme garantie d´authenticité, ce signe qui était attendu: les pauvres sont évangélisés (Mt 11,5). Ce sont eux qui accueillent, comme une bonne nouvelle, l´annonce du Royaume de Dieu, eux qui écoutent la Parole, qui forment communauté.
Sans aucun doute, l´évangile annoncé aux pauvres constitue un défi inaccessible, un défi qui conduit les apôtres à se demander: mais alors, qui pourra être sauvé?, un défi qui, par la même occasion, nous amène à comprendre la gratuité du salut: Pour les hommes, c´est impossible; mais cela ne l´est pas pour Dieu, car pour Dieu, tout est possible (Mc 10,23-27)
Si l´Evangile suppose pour les pauvres une bonne nouvelle, pour les riches, il peut facilement représenter une mauvaise nouvelle: comme il est difficile pour ceux qui ont des richesses d´entrer dans le Royaume de Dieu! (Lc 18,24). Et encore: pauvres de vous, les riches, car vous avez déjà reçu votre consolation (Lc 6,24). Il est nécessaire de choisir: Vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois, Dieu et l´argent (Mt 6,24).
Levant le yeux vers ses disciples, Jésus dit: Bienheureux les pauvres, car le Royaume de Dieu vous appartient(Lc 6,20). La pauvreté dont parle Jésus ne se réduit pas seulement à une situation économique et sociale, mais elle implique aussi une attitude intérieure, une disposition de l´âme: Bienheureux les pauvres d´esprit, dit l´évangile de Mathieu (5,3). Il ne suffit donc pas d´être pauvre; il est nécessaire, en plus, d´avoir un esprit de pauvre.
L’évangile annoncé aux pauvres se traduit par une réelle communication de biens, en suivant l’exemple de Jésus. En effet, Jésus n´impose pas à tous de renoncer à leurs biens. Certains donnent tout aux pauvres (Mc 10,21), d´autres donnent la moitié (Lc 19,8), d´autres encore aident en faisant un prêt (Lc 9 et suivants). Une femme donne pour le service de Dieu tout ce qui lui reste (Mc 12, 41-44), d´autres suivent Jésus en le servant et en s´occupant de lui (Mc 15,41), une autre encore fait pour lui une énorme dépense qui paraît absurde(Mc 14,3-9). Rien dans ce domaine n´est réglementé; pour cette raison précisément, il n´est besoin ni d´exceptions, ni de justifications, ni de privilèges, ni de dispense de la loi. Tout doit se réaliser dans la discrétion (Mt 6,3).
Avec l´expérience de foi, les premiers chrétiens deviennent “fous”: ils mettent tout en commun (Ac 2,42-44). Les relations, faussées par les possessions, se transforment en relation de fraternité à travers le partage. L´argent, cause de séparation entre les hommes, se transforme en signe de communion. La communion des cœurs se manifeste par une communauté de biens, qui touche chacun selon ses besoins (cf. Ac 2,44 et 4,32). Dans les communautés de Paul vibre le même esprit: que personne ne soit dans le besoin (2 Co 8,14; Ac,34; 1 Jn 3,17). C´est pour cette raison que Paul organise à Corinthe une collecte en faveur des pauvres de Jérusalem et que, selon ce critère, il dit: que chacun donne selon sa conscience, et qu´il donne avec joie (2 Co 9,7).
Ainsi parle le Concile Vatican II: Tandis que des foules immenses sont privées du strict minimum, d´autres… vivent dans l´opulence ou dépensent sans réfléchir (GS 63).  Il dit aussi que, pour satisfaire les exigences de la justice, il est nécessaire d´éliminer les énormes différences sociales existantes (GS 66).
Nous retrouvons le Christ dans les pauvres. En leur personne, il veut que nous le servions. Le service réalisé pour les plus pauvres est un service réalisé pour Jésus lui-même, et c´est en-référence à celui-ci que nous serons jugés: Parce que j´avais faim et que vous m´avez donné à manger, j´avais soif et vous m´avez donné à boire, j´étais étranger et vous m´avez donné l´hospitalité, j´étais nu et vous m´avez couvert, j´étais dans la prison et vous êtes venus me voir...Chaque fois que vous avez fait cela pour l´un de ces frères qui sont pauvres, c´est pour moi que vous l´avez fait (Mt 25,35-40).