SERVITEUR DE YAHVÉ

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

L'expérience de foi implique d'assumer la fonction et l'attitude du Serviteur de Yahvé. Dans la Bible, la figure du Serviteur apparaît dans le livre de la consolation (Is 40-55), appelé ainsi, à cause de ses premiers mots: Consolez, consolez mon peuple (40,1). Ce livre est postérieur au prophète Isaïe, qui reçoit sa mission en l'an 740 avant Jésus Christ. Les paroles de consolation s'adressent au peuple juif, exilé à Babylone (années 587 à 538). La nouvelle puissance est la Perse: son roi, Cyrus, soumettra-t-il Babylone à son pouvoir?. Les exilés reviendront-ils?. Un prophète inconnu, appelé le second Isaïe, l'annonce comme un nouvel exode: jette les yeux autour de toi et regarde (49,18).


Au début, le prophète voit Dieu agir par l'intermédiaire de son serviteur Cyrus, choisi pour soumettre devant lui les nations, pour forcer devant lui les battants*. Au cours des quatre chants (47, 1-7; 49,1-6; 50, 4-10; 52, 13-15 et 53) apparaissent sa figure et sa mission. Le dernier chant exprime son aspect souffrant, la croix du Serviteur.


Le Serviteur est choisi, soutenu et aimé par Dieu: Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que préfère mon âme. J'ai mis en lui mon esprit (Is 42, 1-7). Cette Parole s'accomplit pleinement lors du baptême de Jésus, du quel il est dit: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur (Mt 3, 17). Comme au commencement du monde, (Gn 1,2), l'Esprit descend sus la forme d'une colombe, et fait naître une, nouvelle création. Le Serviteur est appelé, conduit, formé et destiné par Dieu à être alliance du peuple et lumière des nations, pour réaliser les signes qui libèrent: Moi, Yahvé, je t'ai appelé dans la justice, je t'ai pris par la main et je t'ai formé, je t'ai désigné comme alliance du peuple et lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs et du cachot ceux qui habitent les ténèbres (Is 42,6-7). Ce dont avaient rêvé les prophètes se réalise dans les signes de l'Evangile (Lc 3,18-19).


Le Serviteur se perçoit lui-même comme appelé par Dieu depuis toujours, depuis le sein maternel (Is 49,1). Non seulement il annonce, mais aussi il dénonce: II a fait de ma bouche une épée tranchante, il m'a caché dans l'ombre de se main; il a fait de moi une flèche aiguisée, il m'a serré dans son carquois (49,2). Il peut se sentir accablé par une sensation d'échec: Tandis que je me disais: Je me suis fatigué en vain, c'est pour rien que j'ai usé mes forces (49,4). Et néanmoins, pour Dieu, sa fécondité est immense: C'est trop peu que tu sois mon serviteur, pour relever las tribus de Jacob et ramener les survivants d'Israël. Je ferai de toi la lumière des nations, pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre (49,6).


Comme Marie, la servante du Seigneur, le Serviteur se fait disciple qui écoute la Parole: le Seigneur m'a ouvert l'oreille (50,4). Comme tout véritable prophète, il est signe de contradiction (Lc 2,34), il reçoit des coups, des insultes et des crachats: Quant à moi je n'ai pas résisté et je n'ai pas reculé. J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe, Je n'ai pas soustrait me face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur me vient en aide, c'est pourquoi je ne ressens pas les outrages. C'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme pierre; j'ai su que je ne serai pas confondu (50, 5-7). Au cœur de la contradiction, le Serviteur s'en remet à un autre tribunal: Celui qui m'acquittera est proche. Qui oserait m'intenter un procès? (50,6). En la personne du Serviteur, Dieu veut être écouté: Quiconque parmi vous craint Yahvé, qu'il écoute la voix de son Serviteur (50,10). Dans le passage de le transfiguration, il est dit de Jésus: Ecoutez-le (Mt 17,5).


Comme conséquence de sa mission, le Serviteur est amené à souffrir l'exclusion, la persécution. Il apparaît déformé et défiguré (Saint Jean de la Croix): Sans beauté ni éclat et sana aimable apparence, objet de mépris et rébus de l'humanité, homme de douleur et habitué de la souffrance (53,3). Il porte le péché du monde: or c'était nos souffrances qu'il supportait et nos douleurs dont il était accablé. Et nous autres, nous l'estimions châtié, frappé par Dieu et humilié. Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes. Le châtiment qui nous rend le paix est sur lui, et c'est grâce a ses plaies que nous sommes guéris. Tous, comme des brebis, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin (53,4-6). Sans condamner la légitime défense, le Serviteur dénonce l'injustice et renonce à la violence. La souffrance du juste injustement poursuivi reflète -comme dans un miroir- le péché du monde. Le renoncement à la violence manifeste une justice qui n'est pas de ce monde, une justice semblable à celle de Dieu (Mt 5,48).


Il suivit son chemin, l'eunuque, comme une brebis errante et perdue, lorsqu'il rencontra Philippe. Philippe avait parcouru un chemin bien différent: il appartenait au secteur grec de le communauté de Jérusalem. Comme l'Evangile lui-même, le secteur grec avait fait une sélection des lois, (celles des Juifs étaient au nombre de 613), et sur ce groupe s'acharnait spécialement la persécution. Ceux-la donc qui avaient été dispersés s'en allèrent de lieu en lieu en annonçant la Bonne Nouvelle (Ac 8,4). Or, dans ce contexte, un messager, l'ange du Seigneur, s'adressa à Philippe et lui dit: Pars et va-t'en, à l'heure de midi, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza (8,26). Il se leva et partit. Il s'en fut sans comprendre encore.


L'eunuque, de nationalité éthiopienne, haut fonctionnaire, ministre des finances et homme pieux, revenait de Jérusalem ou il était allé en pèlerinage, assis sur son char, et il lisait la Bible (8,27-28). L'Esprit (et dans ce cas-là, sans aucun messager) dit à Philippe: Avance et rattrape ce char (8,29). Philippe courut jusqu'à lui et l'entendit lire le prophète Isaïe. Il lui demanda: Comprends-tu ce que tu lis?. L'eunuque répondit: Et comment e pourrais-je, si personne ne me guide?. Et il invita Philippe à monter et s'asseoir près de lui. Le passage de l'Ecriture qu'il lisait était le suivant: Comme un agneau conduit à la boucherie, comme devant les tondeurs une brebis muette qui n'ouvre pas la bouche. Par force il a été saisi, sans jugement, sans personne qui défende sa cause. Oui, il a été retranché de la terre des vivants! (Is 53,7-8).


L'eunuque demande a Philippe: De qui le prophète dit-il cela?. De lui-même ou de quelqu'un d'autre? (Ac 8,34). Philippe, alors, partant de ce texte de l'Ecriture, se mit à lui annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus. Philippe ne fait pas d'exégèse. Philippe évangélise. Tout ce qui s'est produit ce jour-la a un sens, rien ne s'est produit par hasard. La référence de l'ensemble, c'est Jésus, le Seigneur, le crucifié, précisément en cette ville dont l'eunuque revient et à laquelle il s'était rendu en pèlerinage. Un lieu saint?. Un abattoir!.


Selon le Concile, le Christ nous enseigne à porter la croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui cherchent la paix et la justice (GS 38). Il nous enseigne à assumer la fonction et l'attitude du Serviteur. De plus, nous pouvons reconnaître la présence du Christ dans le juste injustement persécuté.


* Mais, peu à peu, se dessine un personnage mystérieux, qui sera instrument de salut pour l'univers: quelles sont ses caractéristiques?.