EXODE. J´ai vu l´oppression de mon peuple

Création : mardi 3 juillet 2012 Mis à jour : lundi 27 mai 2013
EXODE
J´ai vu l´oppression de mon peuple

1. L´expérience de foi implique un processus de libération personnel et collectif; telle est l´expérience de l´exode. La parole de Dieu n´est ni drogue ni opium du peuple. Au contraire, elle dénonce l´oppression et elle ouvre dans l´histoire un chemin de libération. L´exode –qui signifie départ, sortie- marque la naissance d´Israël en tant que peuple de Dieu; le peuple fait l´expérience de ce qu´est marcher avec son Dieu et c´est Dieu lui-même qui ouvre le chemin. Ses traces sont nombreuses, même si elles peuvent passer inaperçues:” À travers la mer allait ton chemin, à travers les eaux immenses ton sentier, et tes traces ne se voyaient pas” (Ps 77). CAMINANTE, no hay camino, camino se hace al andar; no hay camino, sino estelas en la mar
2. C`est une épopée immense. Quand Moïse naît, les Israëlites sont soumis à une dure oppression: “On leur imposa des contremaîtres pour les écraser sous le poids des durs labeurs, et c´est ainsi qu´ils construisirent pour Pharaon les villes-entrepôts” (Ex 1,11). De plus le pharaon, Ramsés II peut-être (1290-1224), donna un ordre brutal pour contrer la croissance du peuple: “Tout enfant mâle qui naîtra, vous le jetterez dans le fleuve” (1,22). Alors qu´il avait été abandonné au bord du Nil, Moïse fut sauvé par la fille du pharaon qui l´adopta comme son fils en disant:” Des eaux je l´ai sauvé, je l´ai sauvé des eaux” (2,10). Il existe des représentations de Ramsés II prenant par les cheveux un étranger (Atlas de la Bible).
3. Les circonstances avaient conduit Moïse à oublier ses origines et à se transformer en un homme de la classe dominante. Mais, “devenu adulte, il s´en fut voir ses frères et put constater leurs travaux pénibles” (Ex 2,11). Dans une tombe fouillée dans la vallée des Rois (Thèbes), une peinture ancienne montre les travaux de construction conduits par un haut dignitaire. Les travaux sont des travaux forcés. “J´ai dans ma main le fouet, disent les paroles du contremaître lues dans les hiéroglyphes, ne soyez pas paresseux!”. Un jour, Moïse tua un Égyptien qui maltraitait un Hébreu et il dut fuir: “Il s´en fut vivre au pays de Madiân” (2,15). Assis près d´un puits, il rencontra les filles du prêtre Jéthro qui venaient y abreuver leurs brebis. Alors qu´un berger les en empêchait, il prit leur défense: Jéthro lui proposa alors de travailler pour lui et il épousa l´une de ses filles, Çippora (2,21).
4. Moïse mena le troupeau pour paître en transhumance à travers le désert et arriva au mont Horeb, la montagne de Dieu” (3,1). C´est là qu´il vécut cette expérience de foi qui transforme une vie:” Il vit qun buisson de ronces qui était embrasé mais qui ne se consumait pas” (3,2); ce fait lui servit de signe. C´était comme son propre feu intérieur, comme la parole de Dieu qu´il écoutait: “J´ai vu l´oppression de mon peuple qui est en Égypte. J´ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je vais descendre pour le délivrer du pouvoir des Égyptiens et le faire monter vers une terre plantureuses et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel. Maintenant va, je t´envoie près de Pharaon, fais sortir d´Égypte mon peuple, les Israëlites” (3,7-10). Nous sommes en présence de l´expérience prophétique: “Alors le prophète Élie se leva comme un feu, sa parole brûlait comme une torche” (Si 48,1). Quand Élie se rend à la montagne de Dieu (1 R 19,8), il porte un feu ardent dans son coeur.” Je suis rempli d´un zèle jaloux pour Yahvé, parce que les Israëlites ont abandonné ton alliance” (19,14). C´est aussi l´expérience de Jérémie: “ Mais c´était en mon coeur comme un feu dévorant” (Jr 20,9).
5. Face à la mission qui lui est confiée, Moïse se défend:” Mais qui suis-je, moi, pour aller rouver Pharaon et faire sortir d´Ëgypte les Israëlites?”. Et Dieu répondit: “Je serai avec toi, et voici le signe qui montrera que c´est moi qui t´ai envoyé. Quand tu auras fait sortir le peuple d´Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne”. Et aussi: “Voici que tu diras aux Israëlites: “Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d´Abraham, le Dieu d´Isaac, le Dieu de Jacob,  m´a envoyé vers vous. C´est mon nom pour toujours, c´est ainsi que l´on m´invoquera de génération  génération” (Ex 3,12-15). On a beaucoup spéculé à propos du nom de Dieu; mais tout est beaucoup plus simple. Ce qui est ici en jeu est la formule habituelle de l´alliance: “Dieu avec, je serai avec toi” ; ”De vos jours, je vais accomplir une oeuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait” (Ac 13,41).
6. La sortie d´Égypte et le passage de la Mer Rouge n´apparaissent pas dans les documents égyptiens de cette époque. La première mention d´Israël n´apparaît que dans une stèle de basalte noir qui célèbre les hauts-faits de guerre du pharaon Méneptah (1220 av J.C.):” Canaan est dévastée par tous les maux”; “Israël est ravagé, sa race n´existe plus”. Et cependant, l´Exode est célébré de génération en génération et il devient la profession de foi d´Israël: “Nous étions esclaves et Yahvé nous a fait sortir par sa main puissante” (Dt 6,21). Le Seigneur dit à Moïse:” Dis aux Israëlites de se mettre en marche. Toi, lève ton bâton, étends ta main sur la mer et fends-la, que les Israëlites puissent pénétrer à pied sec au milieu de la mer” (14,15-16). La stèle de Méneptah est représentée dans l´Atlas de la Bible.
7. Sous la conduite de Moïse, ils passent par l´endroi topportun au moment opportun. Quand Napoléon traversa avec ses troupes l´extrêmité de la mer Rouge –en partie à sec à cause du reflux- il fut surpris par la montée de la marée et les dernières sections durent traverser avec de l´eau jusqu´aux aisselles. La différence de la hauteur des marées pouvait être de 2 mètres 10 dans le Golfe de Suez (maintenant, le Canal existe). Il est fort possible que les Israëlites se soient échappés, au moment opportun, par cet endroit-là. Ils avaient établi leur camp “entre Migdol et la mer” (14,2). Migdol signifie       tour; il s´agit de la tour égyptienne de surveillance. Une brume très dense rendit leur fuite plus facile et le fort vent d´est qui soufflait pendant la nuit dessecha le lit de la mer qui apparut à sec. Les chars égyptiens qui avaient de grosses difficultés pour progresser et la mer qui, au point du jour, rentra dans son lit, firent en sorte que les Égyptiens, en fuyant, se trouvèrent face aux eaux qui refluaient (14,20-27).
8. Pour parvenir à la terre promise (Canaan, la Palestine), la route des Philistins qui longeait la côte méditerranéenne, était la plus courte mais aussi la plus surveillée. Les Israëlites firent donc un détour:  “Dieu ne lui fit pas prendre la route des Philistins bien qu´elle fût plus proche, car Dieu s´était dit qu´à la vue des combats le peuple pourrait se repentir et retourner en Égypte. Dieu fit donc faire au peuple un détour par la route du désert de la mer des Roseaux” (13, 17-18). Le pharaon avait dit des Israëlites:” Les voilà qui errent dans le pays, le désert s´est refermé sur eux, leur barre la route” (14,3).
9. La sortie d´Égypte est la première étape d´un long parcours jusqu´au Jourdain (Nb 33,5-49; cf. Dt 1,46). Une caravane formée par un grand nombre de personnes avec des troupeaux et des vaches ne peut aller bien vite (Ex 12,38). Ils longent le désert, ils campent aux endroits où ils trouvent de l´eau, ils reviennent à la vie nomade; ils utilisent aussi les ressources de la région: les cailles et la manne (16,13-15). Quand il n´y a pas d´eau, ils murmurent contre Moïse: “C´est pour que nous mourrions de soif que tu nous a fait sortir d´Égypte?”. Cet endroit s´appelle Massa et Meriba parce que les Israélites y cherchèrent querelle  et parce qu´ils y mirent Yahvé à l´épreuve en disant: “Yahvé est-il au milieu de nous, ou non?” (17,1-7).
10. Trois mois après sa sortie d´Égypte, le peuple arrive au désert du Sinaï et il campe en face du mont Sinaï (19,2). Là, il célèbre l´alliance de Dieu avec son peuple:“ Vous avez vu vous-mêmes ce que j´ai fait aux Égyptiens et comment vous, je vous ai emportés sur des ailes d´aigle  et amenés jusqu´à moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre entre tous les peuples”. Les Israëlites dirent: ”Tout ce qu´a dit le Seigneur, nous le ferons”, (19,4-8). Le peuple que Dieu a libéré ne peut être un peuple comme les autres; pour son enseignement (24,4-12) et par l´intermédiaire de Moïse, il reçoit les tables de la Loi.
11. Le Décalogue est une catéchèse fondamentale, une orientation de la vie. Il signale les limites hors desquelles il ne peut y avoir d´alliance ni avec avec Dieu ni avec les hommes; il offre la possibilité de participer aux voies de Dieu dans son action au monde, il représente en clef de foi l´aventure humaine: “Tu n´auras pas d´autres dieux  que moi; tu ne prononceras pas le nom de Dieu faussement; tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier; honore ton père et ta mère; tu ne tueras pas; tu ne commettras pas d´adultère; tu ne voleras pas; tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain; tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain” (20-2-17). Sous la Tente de la Rencontre se trouve la gloire de la présence du Seigneur, Dieu ne s´y trouve pas, mais il sort à la rencontre de ceux qui  viennent l´y chercher: “Quiconque avait à consulter Yahvé sortait vers la Tente de la Rencontre” (33,7). Face à la scène du veau d´or, devant l´apostasie d´Israël, Moïse brise les tables de la Loi (32, 19) puis il les refabriquera par la suite (34, 1).
12. La célébration juive de la Pâque proclame le sens actuel de l´exode libérateur: “Celui qui se sent opprimé, qu´il vienne célébrer la Pâque”. Dans le cadre juif de de la Pâque, chacun relate son histoire; et tous célèbrent l´histoire commune d´Israël. Sur un rythme de litanie dont le refrain est “dayenou” (ce qui signifie “il nous aurait suffi”), on proclame la libération de Dieu: “De combien de faveurs tu nous as comblés!... Si tu avais ouvert la mer sans nous avoir fait passer à pied sec, cela nous aurait suffi... Si tu nous avais donné la Loi sans nous faire entrer dans le pays d´Israël, cela nous aurait suffi. Si tu nous avais fait entrer dans le pays d´Israël sans élever pour nous la Maison du Choix (le temple), cela nous aurait suffi”.
13. Jean le Baptiste est la voix qui clame: “Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur” (Mt 3,3). Un nouvel exode est nécessaire; ce qui devait être une terre de liberté et de vie est une terre d´oppression et de mort. Même le temple corrompt sa fonction et il est partie inhérente d´un monde injuste et oppresseur. Lorsque Jésus, avec la force de l´Esprit, commence sa mission dans la Galilée des Gentils, il accomplit ainsi la parole du prophète Isaïe: “Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière” (Mt 4,16). Là où existe une situation d´oppression, là existe une parole de libération; comme ce jour-là, dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,18).
14. Avec l´Évangile, le Décalogue non seulement se réalise (5,18), mais il est dépassé: Non seulement tu n´auras pas d´autres dieux, mais tu chercheras par dessus tout le Royaume de Dieu et sa justice (6,33); non seulement tu ne jureras pas mensongèrement, mais tu ne jureras pas dut tout (5,33-34); non seulement tu observeras le sabbat, mais tu te nourriras du pain de vie (Jn 6,35-51); non seulement tu honoreras ton père et ta mère, mais ceux qui écoutent la parole de Dieu seront ta famille (Mc 3,31-35); non seulement tu ne tueras pas, mais tu aimeras ton ennemi (Mt 5,43-46); non seulement tu ne commettras pas d´adultère, mais tu seras fidèle de tout ton coeur (5,27-30); non seulement tu ne voleras pas, mais tu partageras tes biens (Lc 19,8-10); non seulement tu ne porteras pas de faux-témoignage contre ton prochain, mais tu lui chercheras des excuses, tu lui pardonneras (Mt 18,21-22).
15. C´était la célébration de la Fête des Tentes, et Jésus avait emmené avec lui Pierre, Jacques et Jean; il les avait pris à part et les avait fait monter au sommet d´une haute montagne. Tandis qu´il priait, son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière. Et voici qu´apparaissent les deux grandes figures d´Israël, Moïse et Élie, dans leur gloire: “Ils s´entretenaient avec lui, ils parlaient de son départ qui allait s´accomplir à Jérusalem” (Lc 9,31); Jésus allait être livré aux mains des hommes (Lc 9,44).  Pierre propose  d´accomplir le rituel des tentes, et, alors qu´il est encore en train de parler, un nuage les couvre de son ombre et de ce nuage sort une voix qui dit. “Celui-ci est mon Fils, l´Élu, écoutez-le”. Le nuage, qui est signe de la présence de Dieu (Ex 24,16), apparaît maintenant au-dessus de Jésus. Ainsi se réalise la parole annoncée par Moïse: “Le Seigneur suscitera un prophète comme moi, et vous l´écouterez” (Dt 18,15). Telle fut la confirmation du baptême de Jésus et telle est celle de sa mission (Mt 3,17): “Écoutez-le”.
• Pour la réflexion personnelle ou en groupe:
- le Dieu vivant ouvre dans l´histoire un chemin de libération
- des eaux je l´ai sauvé (expérience d´adoption)
- j´ai vu l´oppression de mon peuple
- celui qui est opprimé, qu´il vienne célébrer la Pâque
- le peupe que Dieu a libéré ne peut vivre comme les autres peuples
- là où existe une situation d´oppression, il existe une parole de libération
-   non seulement le Décalogue se réalise, mais il est dépassé
- nous sommes les disciples de Jésus; nous l´écoutons
- nous vivons des processus de libération personnels, sociaux, ecclésiaux
- une épopée immense
- un chemin au milieu du désert