TERRE PROMISE. une terre où coulent le lait et le miel

Création : mardi 10 juillet 2012 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

TERRE PROMISE

une terre où coulent le lait et le miel

 

1. L´expérience de foi ne se termine pas dans la profonde solitude du désert (Dt 32,10). Le désert est un lieu de passage sur le chemin de la terre promise, “une terre où coulent le lait et le miel” (Ex 3,8). Mais, cette terre: existe-t-elle? La vie: est-elle un désert? Et de même: que serait un exode sans terre? Est-ce la terre qui constitue l´achèvement de l´exode? Ou est-elle bien le lieu de la liberté totale? Comment apparaît la terre dans la Bible? Comment apparaît-elle dans l´expérience de l´Évangile? Et nous: quelle expérience en avons-nous?

2. Dans la Bible, la vie humaine dépend complètement de la terre. La terre est le cadre providentiel de la vie. Dans un premier temps, la terre est un désert vaste et stérile (Gn,4-6) où Dieu plante un jardin pour y situer l´homme (2,8). L´homme est terrien, il est lié à la terre, il sort d´elle (Gn 2,7; 1 Co 15,47); mais il est appelé à la dominer (Gn 1,28). La terre est un jardin dont l´homme doit prendre soin (Gn 2, 15). Grâce à son travail, l´homme imprime son empreinte à la terre. Et en même temps, la terre est une réalité vitale qui l´accueille, l´enveloppe et le modèle.

3. Par le péché humain, la relation entre l´homme et la terre est altérée. La terre n´est plus pour l´homme un jardin. La relation d´amour se transforme en domination de l´homme sur la femme; la maternité est vécue sans enthousisasme, comme un poids, dans la douleur; la relation de travail se transforme en exploitation. Sans relation avec Dieu, l´homme se trouve sans avenir, sans espérance, abandonné au processus naturel de la mort (3,19): hors du jardin (3,24). Et tout ces maux ne correspondent pas au projet originel de Dieu.

4. Entre Babylone, terre d´où Dieu fait sortir Abraham (Gn 12) et l´Égypte, la terre d´où Dieu fait sortir son peuple (Ex 13,9), Israël découvre une terre où coulent le lait et le miel (3,8). La terre est le don de l´alliance, cadeau que Dieu fait à son peuple; sur cette terre, non seulement il existe des pâturages et des puits, mais il y existe aussi des signes de sa présence. Dieu s´y manifeste: la chênaie (Gn 18), le puits (24,11), l´endroit du rêve de Jacob (28,10-22). Sur la terre de Makpéla (23,18), Abraham fait l´acquisition d´un champ, et c´est là que reposeront les patriarches. C´est cette terre qui sera sa patrie.

5. Pour entrer dans la terre promise, il faut affronter la traversée du désert. Une fois purifié, le peuple entre dans “un lieu dans lequel il ne manque rien de ce que l´homme peut trouver sur la terre” (Jg 18,10). C´est le Seigneur qui donne la terre à son peuple: “Il leur a donné leur terre en héritage, en héritage à Israël, son peuple” (Ps 135). Le peuple est enthousiasmé: “C´est une bon, et même un très bon pays” (Nb 14,7). La terre promise est le jardin originel retrouvé: “ Une pays fertile, terre de cours d´eau, de sources qui sourdent de l´abîme dans les vallées comme dans les montagnes, pays de froment et d´orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, pays d´oliviers, d´huile et de miel, pays où le pain ne te sera pas mesuré et où tu ne manqueras de rien, pays où il y a des pierres de fer et d´où tu extrairas, dans la montagne, le bronze. Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras le Seigneur ton Dieu, en cet heureux pays qu´il t´a donné” (Dt 8, 7-9).

6. La terre et ses biens seront un souvenir permenent de l´amour de Dieu. “Quand le Seigneur ton Dieu te fera entrer dans cette terre..., garde-toi bien d´oublier le Seigneur qui t´a fait sortir du pays d´Égypte, de la maison de sevitude” (6,10-12). Le peuple, qui est à la fois “étranger et hôte” sur la terre (Lv 25,23; Hb 13,14), doit manifester à Dieu sa louange, son action de grâce, sa dépendance. “À Yahvé la terre” (Ps 24). Le premier commandement est le suivant: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces” (Dt 6,5). Le peuple est “propriété personnelle” de Dieu (Dt 7,6) et le Seigneur est “sa part d´héritage” (Ps 16). Israël apprend des Cananéens leurs coutumes agricoles, mais il ne doit pas suivre ses coutumes d´idolâtrie (Jg 2,11-12).

7. La terre promise est donnée à Israël en tant que propriété, une possession qui doit lui procurer le bonheur, et-ce, non sans effort. Le travail est une loi pour qui veut recevoir la bénédiction de Dieu. Il existe des paroles dures à l´égard des paresseux (Pr 10,5;2 Th 3,110). Les lois de la terre mettent l´accent sur le sens de la terre en relation avec le prochain (au prochain). Chaque année sabbatique, les dettes doivent être remises: ”Tous les sept ans, tu feras une remise”; “Tout détenteur d´un gage personnel obtenu de son prochain lui en fera remise; il n´exploitera pas son prochain ou son frère, quand celui-ci en aura appelé à Yahvé pour remise” (Dt 15,1-3); “Tu n´endurciras pas ton coeur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre”; “Quand tu lui donnes, tu dois lui donner de bon coeur, car pour cela Yahvé ton Dieu te bénira dans toutes tes actions et dans tous tes travaux”; “Les pauvres ne disparaîtront point de cette terre, aussi je te donne ce commandement:” Tu dois ouvrir la main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays” (15,7-11; 2 Co 9,6-7). Chaque année jubilaire, tous les cinquante ans, il est prescrit selon la loi quelquechose de semblable:” Vous rentrerez chacun dans votre patrimoine” (Lv 25,13).

8. Aimer les membres de sa propre famille n´a rien de spécial; le monde est la maison de tous, nous sommes tous frères. Dans la Bible, le pauvre, l´étranger, la veuve et l´orphelin sont l´objet de l´amour fraternel: “ Tu ne maltraiteras pas l´étranger, ni ne l´opprimeras, car vous-mêmes étrangers vous fûtes dans le pays d´Égypte. Vous ne fererez subir d´humiliations ni à la veuve ni à l´orphelin. Si tu l´humilies et qu´il crie vers moi, j´écouterai son cri”; “ Si tu prêtes de l´argent à quelqu´un de mon peuple, au pauvre qui est dans ton pays, tu ne te comporteras pas envers lui comme un prêteur à gages; vous n´exigerez de lui aucun intérêt. Si tu prends en gage le manteau de quelqu´un, tu le lui rendras au coucher du soleil: c´est sa seule couverture, c´est le manteau dans lequel il enveloppe son corps, dans quoi se couchera-t-il?  S´il crie vers moi, je l´écouterai” (Ex 22,20-26). La pire des menaces, c´est la perte de la terre (Dt 28,63).

9. Les prophètes dénoncent ceux qui accumulent maison sur maison et champ sur champ (Is 5,8). Le véritable jeune, le voici: ”Défaire les chaînes injustes”, “renvoyer libres les opprimés, briser tous les jougs, partager ton pain avec l´affamé, héberger chez toi les pauvres et les sans-abri; si tu vois un homme nu, le vêtir; ne pas te limiter à ta propre chair” (Is 58,66-7). “Vous pensez reculer le jour du malheur, et vous hâtez le jour de la violence! (Am 6,1-3). Et en même temps, les prophètes annoncent que la terre entière participera au salut. Avec pour centre Jérusalem (Is 2,2 et suivants), Israël sera cette “terre de délices” (Ml 3,12) vers laquelle les nations se rendent pour retrouver l´unité première. Les origines nous offrent des images de cette terre transfigurée; ces “cieux nouveaux” et cette “terre nouvelle” que Dieu crée (Is 65,17), ils ont des traits communs avec le jardin originel, c´est à dire avec le monde voulu par Dieu: “En ces jours-là, je relèverai la hutte branlante de David, je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je la rebâtirai comme aux jours d´autrefois” (Am 9, 11-15).

10. Jésus est lié à la terre qui l´a vu naître. Dans ses paraboles, il a fréquemment recours à des images qui s´y réfèrent. La terre va en fonction du Royaume de Dieu. Ls gens peuvent s´ servir pour oublier Dieu, pour yenterrer leurs talents (Mt 25,18). Jésus rend à la terre son sens plein: elle est oeuvre des mains de Dieu, signe de sa présence et de son amour; pour lui, “le deuxième commandement est semblable au premier: tu aimeras ton prochain comme toi-même” (Mt 22,39; Lv 19,18). Le royaume de Dieu n´intervient pas par les voies du pouvoir et de la force: “Bienheureux les non-violemts: car c´est à eux que la terre appartiendra” (Mt 5,4). “Qui espère en Yahvé possèdera la terre; les humbles possèderont la terre, réjouis d´une grande paix; le juste a pitié et il donne, ceux qu´il bénit possèderont la terre; évite le mal, fais le bien, et tu auras une terre pour toujours; les justes possèderont la terre, là ils habiteront pour toujours; espère en Yahvé et observe sa voie: il t´exaltera pour que tu possèdes la terre” (Ps 37).

11. Certains se défont de leurs terres (Mc 10,29), d´autres abandonnent tout et reçoivent beaucoup plus: “Maintenant, au temps présent, ils le reçoivent en maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions; et dans le monde à venir, la vie éternelle” (10,30). Les premières communautés partagent leurs biens (Ac 4,32). Elles sont comme “une ville située en haut de la montagne”, “lumière du monde” et “sel de la terre” (Mt 5,13-14); comme “la levure dans la pâte du pain” (13,33).  Elles sont signe de ce que doit être la société. Quand elle est communauté, l´Église devient “lumière des peuples” (LG 1), “signe élevé au milieu des nations” (SC 2), “sacrementt universel de salut” (GS 45). Il faut combattre la faim dans le monde (GS 69), supprimer les grandes différences sociales (GS 66), rappeler le but universel des biens: “Dieu a destiné la terre et tout ce qu´elle contient à l´usage de tous les hommes et de tous les peuples” (GS 69).

12. Jésus vient apporter le feu sur la terre (Lc 12,49). Élevé au-dessus de la terre, il attire à lui tous les hommes (Jn 12,32). Depuis Jérusalem, l´expérience de l´Évangile s´étend jusqu´aux confins de la terre, conformément au projet indiqué par Jésus: “Vous serez mes témoins à Jérusalem, en Judée, en Samarie et jusqu´aux confins de la terre” (Ac 1,8). Réssuscité, élevé au plus haut, Jésus partage la souveraineté de Dieu sur la terre: “Tout pouvoir m´a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc et faites des disciples” (Mt 28, 18-19). Depuis lors: “Le Ressuscité est au coeur des petites choses qui forment la vie de la terre” (K. Rahner).