LES PETITS COMMANDEMENTS

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

L´évangile suppose un  tri de lois (le code légal juif en avait 613); c´est pour cette raison que Jésus et ses disciples ont des problèmes avec un certain nombre de préceptes (cf. Mt 9,14;15,3). Et cependant, l´évangile ne fait pas table rase de la volonté de Dieu manifestée dans la loi et les prophètes. Jésus dit: “Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir” (Mt 5,17). Ce qui est aboli, ce sont les préceptes humains qui annulent la parole de Dieu (15,1-9).  L´évangile accomplit la volonté de Dieu au pied de la lettre: “Le ciel et la terre passeront; mais pas une lettre, pas un seul accent de la loi ne passeront”(5,18). De plus, ce ne sont pas seulement les grands commandements du décalogue qui sont importants (Ex 20), mais bien aussi les commandements plus petits de l´évangile.
En effet, “ celui qui violera un seul de ces commandements plus petits et enseignera aux autres à le faire, celui-ci sera déclaré plus petit dans le royaume des cieux; celui au-contraire qui les pratiquera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux”(Mt 5,19). Dans ce cas, être le plus petit signifie rester insignifiant, être mis à l´écart: “Car, je vous le dis, si votre justice ne dépasse pas celle des scibes et des pharisiens, vous n´entrerez pas dans le royaume des cieux” (5,20). Ce qu´enseignent et ce que font les scribes et les pharisiens n´est pas suffisant. Dieu demande autre chose.
Vous avez entendu qu´il a été dit aux anciens (grand commandement): tu ne tueras pas. Les anciens forment la génération qui est sortie d´Egypte, ce sont eux qui ont reçu des lèvres de Moïse les commandements de Dieu. Eh bien Jésus en revient à dire , sous une forme nouvelle, ce que Dieu veut (commandement plus petit): “Tout homme qui se met en colère contre son frère sera passible du tribunal; celui qui l´insulte sera passible du sanhédrin; celui qui le traitera de bon à rien sera passible de la géhènne  du feu”(5,22). Le disciple de Jésus, face à la colère qui monte du coeur, doit la fuir comme de l´homicide: “Celui qui hait son frère, celui-là est homicide” (1 Jn 3,15). Celui qui porte la colère en son coeur l´exprime par des injures: imbécile, insensé, fou, bon à rien. Ces injures, qui peuvent paraître assez anodines, semblent avoir eu un sens plus fort dans le monde juif (cf. 1 Co 4,14;1.27; Deut 32,6;21,18,20).
Dans le monde juif, le frère, c´est l´homme qui provient de la même terre, du même sang et de la même foi. Dans l´Eglise sont dépassées les différences entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres (1 Co 12,13), puisque nous sommes tous frères. La parabole du samaritain  manifeste  que l´amour fraternel n´a pas de frontières (Lc 10, 29-37). D´une façon toute spéciale, le frère, c´est le compagnon dans la foi. Dans la communauté chrétienne, il n´y a pas de place pour l´antipathie, la colère, la haine. Le culte rendu à Dieu n´est authentique que lorsque il surgit de la paix et de l´unité fraternelle: “ En conséquence, si, au-moment de présenter ton offrande à l´autel, tu te souviens que ton frère a quelquechose contre toi, laisse là ton offrande, devant l´autel, et va d´abord te réconcilier avec ton frère; après tu reviendras, et alors tu présenteras ton offrande”(5,23-24). Quand les pharisiens demandent à Jésus quel est le commmandement le plus important, il leur répond: Tu aimeras Dieu de tout ton coeur. Et le second est semblable à celui-ci: tu aimeras ton prochain comme toi-même (22,14-40). Rien ne peut être réstauré entre Dieu et nous-mêmes, si ce n´est  réstauré entre le prochain et nous.
Voici un second exemple tiré de la vie réelle: “Mets-toi vite d´accord avec ton adversaire, tandis que tu es en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juje, le juje au garde, et que tu ne sois jeté en prison. En vérité je te le dis, tu ne sortiras pas de là tant que tu n´auras pas payé le dernier centime” (5,25-26). Celui qui a des dettes vis à vis d´un autre et qui ne veut pas les payer, son  créancier lui intente un procès et le mène devant le juje. En quoi consiste le commandement de Jésus? Cherche un accord tant qu´il en est encore temps. Un dicton populaire le dit ainsi: un mauvais accord vaut mieux qu´un bon procès.
Vous avez entendu qu´il a été dit (grand commandement): Tu ne commettras pas d´adultère.  Jésus n´annule pas ce commandement. Qui plus est, il enseigne que l´adultère couve dans le coeur et se manifeste dans le regard (l´oeil) et dans l´action (la main). Jésus dit (commandement plus petit): “Tout homme qui regarde une femme en la convoitant a déjà, dans son coeur, commis l´adultère avec elle”(5,28). Bien entendu, Jésus ne condamne pas ici le désir naturel que l´homme a de la femme, mais le désir qu´il a de la femme du prochain. De même, il a été dit: Si quelqu´un répudie sa femme, qu´il lui donne un acte de divorce (Deut 24,1). Jésus annule ce précepte humain et rétablit la véritable volonté de Dieu:” Tout homme qui répudie sa femme –hormis en cas d´union illégale-la contraint à l´adultère, et celui qui épouse la femme répudiée commet un adultère” (5,32). Sur ce point précis, comme sur d´autres, il se produisait (et il se produit) un choc très net avec les coutumes du monde environnant.
Vous avez entendu aussi qu´il a été dit aux anciens (grand commandement): Tu ne feras pas de serment mensonger, mais tu t´aquitteras envers le Seigneur de tes serments. Eh bien, pour le disciple, la sincérité fraternelle doit suffire (commandement plus petit): “Ne jurez pas du tout…Que votre langage soit : Oui, oui; non, non; tout le reste vient du mauvais” (5,34-37).
Vous avez entendu qu´il a été dit: Oeil pour oeil, dent pour dent (Ex 21,24). A cette façon de penser et d´agir, qui apparaît déjà dans le code d´Hammourabi (1800 av. J. C. ), Jésus oppose ce commandement plus petit: “Ne tiens pas tête au méchant;  au contraire, quelqu´un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui encore l´autre; à qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui en plus ton manteau ; quelqu´un t´oblige-t-il à faire un mille, fais-en deux avec avec lui; à qui te demande, donne, et de celui qui veut t´emprunter, ne te détourne pas” (5,39-42). Le mal perd de sa force, si nous répondons par l´amour patient. Alors le coup se perd dans le vide, parce qu´il ne rencontre pas d´opposition. Bien entendu, il ne s´agit pas d´entrer dans le jeu des caprices de l´autre. C´est ce que dit Saint Paul: “Sans rendre à personne le mal pour le mal; en ayant à coeur de faire le bien devant tous les hommes” (Ro 12,17 ).
Vous avez entendu qu´il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. L´ennemi peut être personnel, familial, politique, religieux. Les premiers chrétiens ont été exhortés à être patients avec leurs adversaires (Ro 12,17-21; Ti 3,1-3). L´évangile porte en lui un germe de division (Lc 12, 51-53) que les chrétiens doivent dépasser au-moyen de gestes concrets comme le service, le salut, la prière: “ Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin de vous montrer les fils de votre Père qui est dans les cieux, lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes” (5,44-45).
Enfin, il pourrait être dit: Non seulement tu n´auras pas d´autres dieux (Deut 5,7), mais encore tu rechercheras par-dessus tout le royaume de Dieu et sa justice (Mt 6,33); non seulement tu ne feras pas de faux serment (Deut 5,12-15), mais encore tu ne jureras pas du tout (Mt 5,33-34); non seulement tu observeras le sabbat (Deut 5, 12-15), mais encore tu te nourriras du pain de vie (Jn 6,35-51; cf. Mc 2,27); non seulement tu honoreras ton père et ta mère (Deut 5,16), mais encore ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu qui deviendront ta famille (Mc 3,31-35); non seulement tu ne tueras pas (Deut 5,17), mais tu aimeras ton ennemi (mt 5,43-46); non seulement tu ne commettras pas d´adultère (Deut 5,18), mais encore tu seras fidèle dans ton coeur (Mt 5,27-30); non seulement tu ne voleras pas (Deut 5,19) ni ne convoiteras les biens d´autrui (5,21), mais encore tu partageras tes biens (Lc 19,8-10); non seulement tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton ennemi (Deut 5,20), mais encore tu lui trouveras des excuses et tu lui pardonneras (Mt 18, 21-22).
Dialogue: Les commandements plus petits sont-ils importants?