ABBA, PÈRE

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

La prière de Jésus commence par cette parole: Père (Lc 11,2). Dieu, Jésus l´appelle toujours Père, en araméen abba; c´est le terme par lequel un enfant s´adresse à son père. Le mot “père”, les évangiles le mettent sur les lèvres de Jésus jusqu´à cent soixante-dix fois. La confiance envers le Père et le dialogue avec lui sont véritablement le coeur de l´évangile. Jésus apprend à ses disciples à s´adresser au Père avec la confiance d´un enfant: Si vous ne retournez pas à l´état des enfants, vous n´entrerez pas dans le Royaume des cieux” (Mt 18,3).
La prière est dialogue de l´homme avec Dieu. Si le fait pour l´homme de parler avec Dieu a un sens, c´est parcequ´il est apparu que Dieu parle avec l´homme. Ecouter et prier le Dieu qui parle de bien des manières dans l´histoire de l´homme ne sont que l´endroit et l´envers d´une même médaille. En réalité, Jésus de Nazareth sème tout d´abord la Parole; ce n´est qu´après qu´il initie à la prière ceux qui ont commencé à écouter la Parole; Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu´un de ses disciples lui dit: “Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l´a appris à ses disciples” (Lc 11,1).
La prière est communication avec Dieu. Saint Thérèse nous dit: “Nous pouvons entrer en conversation  avec Dieu-même” (1 Moradas 1,6). Comme dans toute communication, il existe une prise de parole et une écoute. De bien peu sont utiles les recettes ou les schémas tout-faits. Ce qui est plus utile, c´est la conscience de ne pas savoir demander ce qui convient (Rm 8,26). À chaque fois, nous avons besoin de reconnaître que prier est quelquechose qui dépasse toute méthode. Qui se réalise en l´Esprit de Dieu, c´est à dire “seul à seul”(Mt 14,23), “dans le secret” (6,6), en communauté (Ac 1,14).
La prière part de l´expérience de ce que nous sommes en train de vivre: “Entre les casseroles, Dieu se promène” (Sainte Thérès, Fundaciones 5,8). La prière nous conduit au plus profond de notre vie; pour cela, elle requiert un climat de silence: un silence fécond, qui ne signifie pas bloquage et qui n´est pas source d´angoisse, mais bien qui conduit au coeur de l´histoire de chacun; un silence duquel peuvent jaillir ensemble la parole de l´homme et la parole de Dieu; un silence qui est une contemplation vraie de l´action de Dieu au coeur de l´histoire: Allez, contemplez les hauts-faits de Yavhé (Ps 46,9).
Si nous contactons avec le fond de notre expérience, les paroles ne sont pas le plus important. Il n´en est pas besoin de beaucoup (Mt 6,7). Et si nous ne trouvons pas nos propres mots, nous les trouvons dans les psaumes, dans la lecture de la Bible, dans l´enseignement et l´expérience partagés. A chaque réunion, nous pouvons suivre le conseil de Paul: Chacun peut avoir un cantique, une instruction, une révélation, un discours en langue, une interprétation (1 Co 14,26). Le Concile Vatican II a rappelé l´importance de la Bible dans le dialogue de l´homme avec Dieu: “Dans les livres sacrés, le Père qui est au ciel sort amoureusement à la rencontre de ses enfants pour converser avec eux” (DV 21). D´une manière toute spéciale, c´est du livre des psaumes que la première communauté chrétienne tire ses chants et ses prières. Dieu lui-même, en son esprit, parle au coeur, en corrigeant et en consolant, en instruisant et en aidant. Dans les premières communautés furent composés et chantés des psaumes nouveaux, des hymnes et des cantiques inspirés (Ep 5,19;Col 3,16).                             
Quand les disciples demandent à Jésus qu´il leur apprenne à prier, ils lui demandent quelque chose d´essentiellement spécifique à l´évangile. Chaque groupe, et ce, maintenant comme alors, se distingue par sa façon de prier. La prière est ce qui donne unité et identité au groupe, elle crée communauté. La prière de Jésus manifeste ce qui est essentiel dans sa mission, le coeur de l´évangile. Dans la tradition catéchuménale des premiers siècles, la prière du Seigneur était un secret qui n´était révélé qu´à la fin du processus, dans le contexte d´une catéchèse intensive dont elle était le sujet.
La prière du Seigneur n´est pas seulement une forme de prière commune, elle est aussi un schéma d´évangélisation selon lequel nous osons prier comme Jésus, dans l´esprit de l´évangile (notre Père): nous nous adressons au Père avec confiance; nous voulons que son nom ne soit pas profané mais sanctifié; nous cherchons par dessus tout le royaume de Dieu et sa justice, l´accomplissement de sa volonté; nous demandons ce qui est nécessaire pour vivre, le pain, en ayant confiance en sa providence; nous demandons ce qui est nécessaire pour la vie en commun, le pardon, comme des enfants qui ont besoin d´être pardonnés, comme des frères qui ont besoin de pardonner; nous sommes vigilants et nous prions quand se présentent la tentation, le mal qui harcèle l´humanité depuis le commencement
Dieu continue à parler. Celui qui écoute sa parole devient fils de Dieu (Jn 1,12), et il peut dire: Toi, mon Père, mon Dieu et le rocher de mon salut (Ps 89, 27). Et aussi: Mon sort est dans ta main (Ps 16,5). Celui qui rejette sa parole devient fils de la prostitution (Jn 8,41). L´eau du baptême sert à bien peu de chose si nous ne portons pas de fruit, et du fruit digne de conversion. Il ne suffit pas de dire: Nous avons pour père Abraham (Lc 3,8), ou”nous sommes catholiques depuis toujours”. La reconnaissance de Dieu comme Père est l´expérience dont nous avons besoin pour pouvoir survivre à la chute de nos points d´ancrage et vivre dans la  confiance, comme des fils qui crient: Abba! Père! (Rm 8,15; Ga 4,6). C´est là que réside le soubassement le plus profond de la fraternité universelle: nous sommes tous frères, Dieu est notre Père.
La confiance est la base de la prière. Bien souvent, il est dit avec simplicité, sans plus approfondir: Pour moi, en ton amour je me confie (Ps 13,6), c´est toi mon Dieu (Ps 140,7; Ps 31,13). Fréquemment, on s´adresse au Seigneur en lui disant mon Dieu (Ps 104, 19). Il représente la confiance (Ps 22,10), l´espérance (Ps 71,5) du croyant, le Dieu de sa vie (Ps 42,3), de son salut (Ps 25,5), sa lumière (Ps 27,1), son libérateur (Ps 19,15). L´innocent s´adresse à Lui  comme à un Dieu juste (Ps 17,1), celui qui est l´objet de calomnies l´appelle ma gloire (Ps 3,4), celui qui est dans le besoin l´appelle mon aide (Ps 22,20). Le Seigneur est abri (Ps 61,4), roc de force (Ps 31,3), rocher (Ps 19,15), maison fortifiée (Ps 31,3), tour forte (Ps 61,4), bouclier (Ps 3,4), pasteur (Ps 23,1). L´amour d´une mère et la tendresse d´un père (Ps 103, 13)  sont les reflets de son amour: Dieu est amour (1 Jn 4,8).
Examinons cette prière de Jésus: je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d´avoir caché celà aux sages et aux intelligents et de l´avoir révélé aux tout-petits (Mt 11,25). Il dit un peu plus loin: venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau …et vous trouverez soulagement pour vos âmes (11,28-29). Jésus prie avec les paroles que nous trouvons dans le psaume 34: Je bénirai Yahvé en tout temps, sa louange sans cesse en ma bouche; en Yahvé mon âme se loue, qu´ils écoutent, les humbles, qu´ils jubilent! Il dit aussi: Je cherche Yahvé, il me répond et de toutes mes frayeurs me délivre. Et enfin: il sauve les esprits abattus.
Jéus prie ainsi devant la tombe de Lazare: Père, je te rends grâces de m´avoir écouté. Je savais que tu m´écoutes toujours; mais c´est à cause de la foule qui m´entoure que j´ai parlé, afin qu´ils croient que tu m´as envoyé (Jn 11,42). La situation est la suivante: son ami est mort, il a reçu des reproches parce qu´il n´était pas là, il a annoncé la vie plus forte que la mort, il se produit un signe, Lazare est vivant. Jésus rend grâce avec des paroles que nous pouvons retrouver dans le psaume 138: Je te rends grâce, Yahvé, de tout mon coeur, tu as entendu les paroles de ma bouche.
Au dernier repas, Jésus prie pour ses disciples: Père très saint, garde en ton nom ceux que tu m´as donnés (Jn 17,11). La trahison de Judas approche: Celui qui mange mon pain, il a levé contre moi son talon (Jn 13, 17; Ps 41, 10). Dans la solitude du jardin, Jésus éprouve tristesse et angoisse. Ainsi s´accomplit le psaume 42: Mon âme est triste à en mourir (cf. Ps 42,7). Il prie alors ainsi: Mon Père, s´il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux (Mt 26,39). Il est dit dans le psaume 40: Voici, je viens pour faire ta volonté. Sur la croix, il proclame l´accomplissement du psaume 22 dans tout ce qui est en train de se produire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m´as-tu abandonné? (Mt 27,46; Jn 19,24.28). Et enfin au moment de mourir, il prie avec les paroles du psaume 31: Père, en tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46).
*   Dialogue: Quelle relation avons-nous avec Dieu? Est-ce une relation de confiance?