LE PARDON DES OFFENSES

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

1.- Puisque l´amour est le grand commandement (aimer Dieu de tout son coeur et le prochain comme soi-même), la prière de Jésus se  réfère aussi (sans ingénuité, avec réalisme) aux ruptures de la communion et, de ce fait-même, à la nécessité du pardon.Et, comme l´amour pour Dieu est inséparable de l´amour pour le prochain, la réconciliation avec Dieu s´avère être lée à la réconcialiation avec le frère. Quand donc tu présentes ton offrande à l´autel, si là tu te souviens que ton frère a quelquechose contre toi, laisse là ton offrande, devant l´autel, et va d´abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande (Mt 5, 23-24). Pour cette raison, Jésus nous invite à nous adresser au Père en disant: Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

2.- L´évangile assume la parole de Dieu qui a été proclamée antérieurement. Il est dit dans les psaumes: Trêve à la colère, renonce aux courroux, ne t´échauffe pas, ce n´est que mal; remets ton sort à Yahvé, compte sur lui; il agira (Ps 37, 8,5). De même dans le livre de l´Ecclésiastique: Pardonne à ton prochain ses torts; alors, à ta prière, tes péchés te seront remis (Si 28,2). Dans le livre de la Sagesse, il est dit que le juste doit être humain: lorsqu´il juje, il doit tenir compte de la bonté de Dieu, et au moment d´être jujé, il doit avoir confiance en sa miséricorde (Sg 12, 19.22).

3.- Le modèle réside en Dieu lui-même qui est amour et qui pardonne l´offense: Comme est la hauteur des cieux sur la terre, puissant est son amour pour qui le craint; comme est loin l´orient de l´occident, il éloigne de nous nos péchés (Ps 103, 11-12). Ainsi le dit l´apôtre Saint Jean: Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité (1 Jn 1,9). Ce qui n´est pas valable, c´est de dire: “Le Seigneur ne voit pas; Dieu ne s´en rend pas compte”: Lui qui planta l´oreille n´entendrait pas? S´il a façonné l´oeil, il ne verrait pas? Lui qui reprend les peuples ne punirait pas? (Ps 94,7-10).

4.- La reconnaissance de la faute personnelle et la demande de pardon adressées à Dieu apparaissent fréquemment dans les psaumes; surtout dans les psaumes appelés psaumes de pénitence: Délivre-nous, efface nos péchés (Ps 79,9); nous avons failli avec nos pères (Ps 106,6); pitié pour moi, Dieu, en ta bonté (Ps 51,3); pardonne mes torts, parce qu´ils sont grands (25,11); Yahvé, ne me reprends point dans ta fureur (6,2;38,2); si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera? (130,3); purifie-moi du mal caché (19,13). Celui qui, humblement, reconnaît ses fautes, obtient le pardon de Dieu: Ma faute, je l´ai reconnue…Et toi, tu as absous mon tort (32,5). Le Seigneur est plein de clémence et de compassion: Il ne nous traite pas selon nos péchés, ne nous rend pas selon nos fautes (103,10; cf. 65,4).

5.- Les prophètes assument les psaumes de pénitence. Ils savent que le peuple    ne suit pas le droit chemin et qu´une confession nationale s´impose (Ps 106). Dans le cadre de leur fonction d´intercesseurs, eux-aussi composent des chants de pénitence: Nous attendions la lumière et voici les ténèbres; la clarté, et nous marchons dans l´obscurité. Nous tâtonnons comme des aveugles cherchant un mur; comme privés d´yeux nous tâtonnons. Nous trébuchons en  plein midi comme au  crépuscule;  parmi les bien-portants nous sommes comme des morts (Is 59,9-10); tous, nous nous flétrissons comme des feuilles mortes; et nos fautes nous emportent comme le vent (64,5); nous attendions la paix: rien de bon!; le temps de la guérison: voici l´épouvante! (Jr 14,19). Sous l´influence des prophètes, on prend conscience de ce que ce n´est pas Dieu qui est coupable du mal qui survient: Yahvé, lui, est juste, car à ses ordres je fus rebelle (Lm 1,18); non, la main de Yahvé n´est pas trop courte pour sauver; ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos fautes qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu (Is 59,1);

6.- Dans l´évangile,les paraboles de la miséricorde manifestent la préoccupation de Dieu pour la brebis, la drachme ou le fils perdus (Lc 15). Dieu est un père qui se réjouit lorsqu´il pardonne. L´annonce du pardon venu de Dieu est une partie essentielle de la bonne nouvelle de l´Évangile (Mc 2,5). Jésus invite ses disciples à être miséricordieux comme l´est le Père: Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux (Mt 5, 44-45).

7.- Jésus enseigne à ses disciples qu´il faut pardonner aux hommes pour être pardonné par Dieu: Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi; mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements (Mt 5,44-45). Ceci étant acquis, le problème de Pierre es de savoir combien de fois il doit pardonner à son frère: jusqu´à sept fois? Puisque Lamec l´ancien s´était vengé sept fois (Gn 4,24), il sera suffisant que le disciple pardonne sept fois? Jésus répond: Je ne te dis pas jusqu´à sept fois, mais jusqu´à soixante dix sept fois (Mt 18,22). Dans la parabole du serviteur sans coeur, Jésus inculque avec force la nécessité du pardon (28,23-35). Comme c´est le cas dans la vie en commun entre les hommes, la communauté des disciples a besoin de façon constante de recourir à la réconciliation et au pardon pour pouvoir survivre. S´il n´en est pas ainsi, elle se déteriore et elle disparaît. Elles sont multiples, les situations de la vie des hommes qui requièrent l´exercice du pardon: manières de fonctionner qui gênent les autres, malentendus, problèmes de vie en commun, manque de respect. 

8.- En cas de faute grave et publique, c´est à la correction fraternelle qu´on a recours (Mt 18, 13-17). Si la correction fraternelle est rejetée à ses différents niveaux (en tête à tête, en petit groupe, en communauté), le frère dont il s´agit deviendra pour toi comme un païen ou un publicain. La nécessité de pardonner sans cesse n´empêche pas de constater la division qui se produit pour la cause de l´évangile. Comme le dit Jésus: Pensez-vous que je sois venu pour apporter la paix sur la terre? Non, je vous le dis, mais bien la division (Lc 12,51). La paix est fruit de la conversion. Il existe aussi des situations dans lesquelles l´ivraie a été semée, et dans lesquelles le discernement approprié demande du temps: il convient d´attendre la récolte de façon à ne pas arracher le blé en essayant d´arracher l´ivraie (Mt 13,24-30).

9.- Jésus rejette la prière de ceux qui se considèrent comme des justes et qui   méprisent les autres, c´est la prière du pharisien: “Je te rends grâce, parce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain”. En revanche, Jésus accueille la prière du publicain: Mon Dieu, aie pitié du pêcheur que je suis (Lc 18,9-14). Il en va de même pour le fils prodigue lorsqu´il dit: Père, j´ai pêché contre le ciel et envers toi (Lc 15,21).

10.- Dès le début, la prière de Jésus est présente dans la réunion de la communauté. Et dans cette prière, la nécessité du pardon est constante: Il nous a été confié le ministère de la réconciliation (2 Co 5,18). Permanente  aussi est la nécessité de la communion et de l´amour, cette unité pour laquelle prie Jésus: Père saint, garde-les dans ton nom, ceux que tu m´as donnés, pour qu´ils soient un comme nous (Jn 17,11). Il est bon de dire ce que l´on pense, il l´est aussi de réfléchir avant de parler. Il est bon de parler à coeur ouvert, il l´est aussi de surveiller les impulsions du coeur lui-même, duquel sortent les desseins pervers qui souillent l´homme (Mc 7,21-23). Il est dit par Jésus que les nations seront jujées sur l´attitude qu´elles auront adoptée vis à vis de celui qui est frère: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l´avez fait à l´un de ces plus petits de mes frères, c´est à moi que vous l´avez fait (Mt 25,40).

 

* Dialogue: Est-ce que les problèmes de relation sont présents dans notre prière? Est-ce que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés?