LA TENTATION, LE MAL

Création : lundi 5 juillet 2010 Mis à jour : lundi 27 mai 2013

1.- La prière de Jésus se termine par cette demande : Et ne nous soumets pas à la tentation (Lc 11,4). Dans l´évangile de Mathieu, il est ajouté : Et délivre-nous du mauvais (Mt 6,13). Que demandons-nous avec ces expressions ? S´agit-il de formules vides de sens ? De quelquechose qu´on dit vite et par routine ? Connaissons-nous des situations concrètes dans lesquelles il nous faut demander lumière et force, face à la tentation et au mal ?

2.- Selon la Bible, l´existence humaine se trouve à la croisée des chemins entre le bien et le mal, la grâce et la disgrâce, sur un champ de bataille, enfin. Au cours de ce combat, l´être humain fait l´expérience de lui-même comme d´un être « de chair », autrement dit, d´un être faible : Toute chair est de l´herbe, et toute sa grâce est comme la fleur des champs. L´herbe se dessèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais (Is 40, 6-8). D´une manière toute spéciale, la faiblesse humaine est palpable devant le fait de la tentation, face à la présence du mal. La prière de Jésus assume ces situations.

3.- L´humanité est tentée depuis le début. Le projet de Dieu, c´est de rester à côté de l´homme, de dialoguer avec lui. Mais l´homme croit qu´il n´a pas besoin de Dieu pour vivre, il soupçonne Dieu d´être jaloux, d´être opposé à son bonheur et à sa vie : Vos yeux s´ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal (Gn 3,3,5). Présentée sous la forme du fruit défendu, la tentation apparaît  séduisante à voir et désirable pour acquérir le discernement. La tentation apparaît donc sous une forme camouflée, et elle a besoin d´être démasquée. On peut constater ses effets dans les différents aspects de la vie : famille, travail, politique, religion. Ainsi est venu le mal dans le monde, et ainsi se présente-t-il encore de nos jours. Si du monde disparaissait tout ce que l´homme a introduit de mauvais, ce monde-là serait un jardin.

4.- Jésus lui-aussi a été tenté. Face à la tentation du pain, Jésus répond que l´homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Face à la tentation du doute qui exige un miracle à l´instant-même et ici-même pour continuer, Jésus répond : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Face à la tentation du pouvoir qui promet l´efficacité mais qui exige la soumission, l´attitude servile, l´adoration, Jésus répond : Tu n´adoreras que le Seigneur ton Dieu, et tu ne rendras un culte qu´à lui seul.

5.- Le désert est le lieu de la tentation. Plus qu´un espace géographique, c´est une expérience profonde, vécue là où l´homme fait l´expérience des difficultés de l´exode, du processus de libération. Et cependant, le désert est aussi le lieu de rencontre de l´homme avec Dieu sous la menace d´extinction du désert : Le vêtement que tu portais ne s´est pas usé et ton pied n´a pas enflé (Dt 8,4). Dieu veille à ce que son peuple ne défaille pas dans le désert : il lui envoie la manne, la nourriture pour le désert, il ouvre des chemins là où il n´en existe pas. Ainsi l´a dit Abraham, le père de tous les croyants : Dieu pourvoit (Gn 22,14).

6.- Le désert est un test qui révèle ce qu´il y a dans le coeur de l´homme. C´est ce que rappelle Paul à la communauté de Corinthe. L´expérience du désert a mis à jour un peuple qui convoite le mal, qui n´a pas confiance en Dieu, qui tombe dans différents péchés : idolâtrie, fornication, prétention de tenter Dieu, critique. Toutes choses qui furent écrites comme un avertissement pour nous-mêmes : Que celui qui se flatte d´être debout, qu´il ne tombe pas. Tout cela sans oublier : Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces (1 Co 10, 12-13).

7.- Dieu ne tente personne : Chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l´attire est le leurre (Jc 1,14). C´est pour cette raison qu´il convient de surveiller notre propre coeur d´où proviennent les intentions mauvaises (Mc 7,21-22). Chacun doit aussi veiller à accomplir sa propre mission, comme l´administrateur fidèle que le Seigneur a mis à la tête de ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de nourriture (Lc 12,42). Devant l´assaut de sa mort prochaine, Jésus puise la force dans la prière du jardin. C´est quelquechose dont les disciples ont besoin pour pouvoir résister au milieu des difficultés et c´est pour cela qu´il leur dit : Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation (Mc 14,38). Au dernier repas, il prie pour eux le Père : Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du mauvais (Jn 17,15). Il leur transmet la confiance : Courage ! J´ai vaincu le monde ! (Jn 16,13). Les disciples savent que Jésus est le plus fort (Lc 11,22).

8.- Il convient d´être vigilant, parce que l´adversaire est en action : il arrache la Parole semée dans le coeur (Mt 13,39), il sème la zizanie dans le champ (Mt 13,25), il est homicide dès le commencement, menteur et père du mensonge (Jn 8,44), il entre dans le coeur de Judas (Jn 13,27), il destabilise les disciples (Lc 22,31). Il est même conseillé d´éviter l´occasion, de toujours être sur ses gardes : Il ne faut pas donner prise au diable (Eph 4,27), comme un lion rugissant, il rôde, cherchant qui dévorer (1 P 5,8).

9.- De plus, il est nécessaire de prier dans l´épreuve (Ps 31) ; avec les paroles de chacun, avec les psaumes, comme le faisaient les premières communautés, en prenant comme modèle la prière de Jésus : c´est en elle que nous trouvons un schéma pour nos propres prières (Tertullien), en elle sont inclues toutes nos demandes et nos supplications (Cyprien). Dans le cas qui nous occupe, le modèle est la dernière demande : Ne nous soumets pas à la tentation et délivre-nous du mal. Il important de tenir compte du fait que, dans la prière de Jésus, le croyant n´est pas seul, il est au milieu de « nous », c´est à dire dans une communauté fraternelle. Sa prière est plurielle : notre Père...

10.- Le croyant sait que ses propres forces ne suffisent pas et que le mal le  dépasse. Comme le dit le concile Vatican II : « Toute la vie humaine, qu´elle soit individuelle ou collective, se présente comme une lutte –sans aucun doute dramatique- entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. Qui plus est, l´homme se sent incapable de dominer efficacement par lui-même les attaques du mal, au point de se sentir emprisonné dans des chaînes » (GS 13). Pour cela, le croyant fait appel au Seigneur : Dans mon angoisse, j´invoquai Yahvé, vers mon Dieu je lançai mon cri ; il entendit de son temple ma voix (Ps 18,7), apprends-moi tes volontés ! (Ps 119,12), retiens mon coeur de s´incliner vers le mal (141,4), établis,Yahvé, en ma bouche une sentinelle (141,3), dirige-moi dans ta vérité (25,5), enseigne-moi à faire tes volontés (143,10), crée pour moi un coeur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme (51,12), scrute-moi, Seigneur, éprouve-moi, passe au feu mes reins et mon coeur (Ps 26, 2).

11.- Les situations peuvent être très diverses : entrprises dans lesquelles se trouve en jeu le sens de la vie, maladies, accidents, décès, injustices, persécutions, impostures de grande envergure,(Mc 13,12). Bien que la situation soit désespérée, le croyant se remet entre les mains de Dieu : En toi, Seigneur, je me réfugie (Ps 31), en toi j´ai mon abri (Ps 7,2), en tes mains je remets mon esprit (Ps 31,6 ), j´espère le Seigneur, j´attends sa Parole (Ps 130,6), le secours me vient de Yahvé qui a fait le ciel et la terre. Qu´il ne laisse chanceler ton pied !... De jour, que le soleil ne te frappe, ni la lune en la nuit. Le Seigneur te garde de tout mal, il garde ton âme. Yahvé te garde au départ, au retour, dès lors et à jamais (Ps 121).

12.- Les ennemis tendent des pièges, comme on le fait pour les animaux, en suivant leur piste : Sur le chemin où je vais, ils m´ont tendu un piège (Ps 142,4), tire-moi du filet qu´on m´a tendu (31,5), ils ont creusé pour moi une fosse (35,7), délivre-moi, Yahvé, des gens mauvais ; contre l´homme violent défends-moi, ceux dont le coeur médite le mal, qui tout le jour méditent la guerre, qui aiguisent leur langue ainsi qu´un serpent, un venin de vipère entre les lèvres (140,2-4). Le croyant, en état de vigilance et de prière, met s confiance dans le Seigneur : L´adversaire ne pourra pas le surprendre (89,23), Yahvé est mon soutien (Ps 3,6), Yahvé me sauve (55,17), il me réserve en sa hutte un abri au jour du malheur (27,5), pour qui espère en toi, point de honte ! (Ps 25,3).

 

* Dialogue : à propos des situations dans lesquelles nous prions face à la tentation et au mal .