LA CRISE: UNE CRISE PARMI D´AUTRES

Création : samedi 25 mai 2013 Mis à jour : lundi 31 mars 2014

                       LA CRISE: UNE CRISE PARMI D´AUTRES  

1.  Quand on parle de crise, dans notre hémisphère, on comprend qu´il s´agit de la crise économique du capitalisme global. Mais il y a d´autres crises : la crise alimentaire, la plus grave de toutes ; la crise écologique, conséquence de l´abus des ressources naturelles de la planète ; et la crise énergétique, liée au déclin du pétrole. C´est la raison pour laquelle, donc, la crise économique se situe dans le contexte d´autres crises.

2.  La plus grave des trois est la crise alimentaire. Selon le Programme Mondial pour l´ Alimentation (PMA) de l´ONU, le nombre des habitants de la planète qui souffrent de la faim atteint, en 2009, 1 000 millions. C´est là « le chiffre le plus élevé de l´histoire ». En revanche, l´aide alimentaire mondiale a atteint « son niveau le plus bas depuis ces vingt dernières années ». La faim est le facteur qui tue majoritairment dans le monde. Selon la FAO, l´Organisation Mondiale de l´Alimentation, chaque jour meurent de faim environ 70 000 personnes, dont 40 000 enfants. Et cela se produit sur une planète qui produit plus de nourriture qu´il n´en est nécessaire pour satisfaire les besoin en calories de la population mondiale.

3.  Lors d´une réunion qui eut lieu à Rome en 2002, la FAO avait demandé formellement aux pays riches la constitution d´un fond de réserve extraordinaire pour faire disparaître la faim dans le monde : 50 000 millions de dollars par an. La réponse des pays riches fut qu´ils n´en avaient pas les moyens. Et cependant, neuf mois plus tard, en mars 2003, le budjet fut quatre fois supérieur : 200 000 millions de dollars pour financer la guerre en Irak, qui supposa un coût total de 600 000 millions de dollars (soit douze fois ce que demandait la FAO). Avec cette quantité, la faim dans le monde aurait pu être vaincue pendant douze ans.

4.  La crise écologique est dûe à l´abus qu´ont subi les ressources naturelles de la planète. Si  le rythme se maintient ainsi, dans une génération, une deuxième planète sera nécessaire. Le monde se rapproche d´une crise écologique qui est déjà venue à bout de 30% des capacités de la planète pour se renouveler, selon les informations données par le Fond Mondial pour la Nature (WWF) dans son rapport Alive Planet 2 008. La consommation a doublé en 45 ans, fruit de la croissance démographique et du genre de vie. Les déchets de l´activité humaine s´accumulent dans l´air, dans la terre et dans l´eau. Les ressources de la planète ont des limites : il convient donc de réduire la consommation et de partager (RÉPARTIR) les ressources existantes.

5.  Les combustibles fossiles supposent 97% de l´énergie primaire consommée dans le monde : 38% pour le charbon, 40% pour le pétrole et 19% pour le gaz naturel. Ces énergies produisent un effet contaminant, de plus elles ne sont pas renouvelables. Selon les estimations, le pétrole offrirait encore une durée de 45 ans, le gaz naturel de 65 et le charbon de 230. Chaque fois sont plus nombreux les experts qui tirent la sonnette d´alarme, en ce qui concerne le réchauffement climatique global associé à l´augmentation des gaz à effet de serre.

6.  La crise énergétique est liée à la diminution du pétrole. Les experts signalent que le niveau d´extraction du brut est parvenu à son point d´inflexion : la demande est devenue supérieure à l´offre. La période d´exploitation qui a commencé à la fin du XIXº siècle se terminera dans les cinquante prochaines années. Cette situation a provoqué, et (probablement) provoquera  des conflits entre pays. La guerre en Afghanistan, ainsi que celle qui a eu lieu en Irak, ont un rapport avec le pétrole. La compagnie qui dirige les travaux de construction d´un oléoduc à travers ces pays est une compagnie américaine, Halliburton, dont le principal actionnaire est Dick Cheney, vice-président des États-Unis jusqu´en 2008.

7.  La recherche d´énergies alternatives est en cours. Par exemple, les agro-combustibles, qui tentent d´utiliser les céréales pour les convertir en alcool ou en produits qui puissent servir à l´alimentation des véhicules, mais dont la plantation se répercute négativement sur le problème de la faim. Des recherches existent sur différentes sortes d´huiles et d´algues. L´énergie nucléaire comporte des risques. Quant aux énergies renouvelables, dites énergies propres puisqu´elles ne polluent pas, il existe l´énergie solaire, l´énergie éolienne, l´énergie des marées, et l´hydrogène. L´hydrogène n´existe pas dans la nature en tant que corps isolé, ce qui empêche de le produire où que ce soit à un coût réduit.

8.  La crise économique est partie des États Unis, elle a éclaté en 2008. On peut y voir plusieurs causes ; dans le domaine financier : le manque de régulation du marché, la gestion pervertie des entités financières ; dans le domaine économique : le modèle de croissance indéfini, non soutenable ; dans le domaine social : la protection insuffisante. À cela se sont ajoutés des éléments nouveaux, inexistants auparavant. Par exemple, la complète libéralisation du marché des capitaux, sans aucun contrôle de la part d´une une organisation nationale ou internationale pour réviser les opérations et les spéculations. Il y a vingt ans, avant la chute du mur de Berlin, les États étaient en mesure d´intervenir dans ces cas-là.

9.  La masse d´argent qui se meut en Bourse avec un caractère spéculatif représente environ quarante fois le mouvement de cet argent à long terme. Les actions qui sont achetées et vendues le même jour ont une valeur quarante fois supérieure à celles qui sont achetées pour un compte d´épargne. Cette situation finit par créer une bulle financière. Les actions prennent de la valeur, mais artificiellement ; et cette bulle, de même qu´elle peut s´amplifier, peut se réduire. C´est donc ce qui vient de se produire. Bon nombre d´entreprises qui, dans ce cas précis, avaient souvent servi d´intermédiaires bancaires et avaient pris de gros risques sur ces opérations, se retrouvent avec des problèmes au niveau de la liquidité. C´est alors que les banques diminuent l´octroi des crédits, et l´ensemble finit par se répercuter sur l´économie réelle.

10.  Que faire ? En premier lieu, il faut penser aux victimes de la crise. Dans le cas de l´Espagne, le nombre de demandeurs d´emploi officiel était, en octobre 2009 et selon le Ministère, de 3 808 353. Il y a des gens qui souffrent et qui ont besoin d´assistance, et il faut leur prêter cette assistance, mais pas de n´importe quelle manière ; pas en endettant les gouvernements, mais en cherchant d´autres ressources. On calcule qu´en Espagne, l´évasion fiscale serait d´environ 80 000 millions d´euros par an. Si cette quantité était répartie entre les quatre millions d´Espagnols qui peuvent un jour se trouver dans cette catégorie, à chaque chômeur reviendraient 20 000 euros ; cette quantité est supérieure au salaire moyen du pays. En deuxième lieu, tout l´argent qui est attribué aux banques doit se transformer en une participation publique du gouvernement à ces banques. De plus, il faut en finir avec les paradis fiscaux. Approximativement 16 milliards de dollars  sont dissimulés dans les paradis fiscaux. Ces milliards devraient être versés à une banque normale. Par le seul paiement d´impôts non-payés, l´Espagne obtiendrait 200 000 millions de dollars par an, ce qui représente quatre fois plus que ce qui, selon la FAO, est nécessaire annuellement pour faire disparaître la faim dans le monde.  Il faut investir de façon responsable. Depuis quelques années, on a vu l´apparition de ce qu´on appelle la banque éthique. Nous devons travailler à un monde différent, un monde fondé sur la paix, la justice et l´égalité des chances (A. Oliveres, ¡En qué mundo vivimos ! 2009 ).

11. Les rapports de Caritas reflètent bien les désastres sociaux provoqués par la crise. Le nombre des demandes d´aide a augmenté de plus de 80% depuis le début de la crise.L´alimentation et le logement sont les secteurs qui requièrent davantage d´attention. Les cas qui sont provoqués par le logement proviennent d´hypothèques non-payées, de dettes de loyers, sans oublier les financements et les mensualités impayés qui provoquent des saisies ou des expulsions ; ou encore les factures d´électricité, eau ou gaz qui n´ont pas été réglées. Se référer également à la publication de la Croix Rouge Stratégies de la Société Civile face à la crise et aux risques d´exclusion sociale.

12. Que dit la Bible ? Souvenons-nous du songe du pharaon : « Dans mon songe, il me semblait que je me tenais sur la rive du Nil. Voici que montèrent du Nil sept vaches grasses de chair et belles d´aspect, qui pâturèrent dans les joncs. Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles, efflanquées, très laides d´aspect et maigres de chair, je n´en ai jamais vu d´aussi laides dans tout le pays d´Égypte. Les vaches laides et maigres dévorèrent les sept premières, les vaches grasses. Et lorqu´elles les eurent avalées, on ne s´aperçut pas qu´elles les avaient avalées, car leur apparence était aussi laide qu´au début. Là-dessus, je m´éveillai. Puis j´ai vu en songe sept épis monter d´une même tige, pleins et beaux... » (Gn 41,26-32). Joseph interprète le songe : « Les sept belles vaches représentent sept années d´abondance... et les sept vaches maigres... sept années de famine... Et si le songe de Pharaon s´est renouvelé deux fois, c´est que la chose est bien décidée de la part de Dieu » (41,26-32). C´est Joseph qui gère la crise : « Allez à Joseph, et faites tout ce qu´il vous dira » ordonne le pharaon (45,53-55). On chante dans les psaumes : « On affligea ses pieds d´entraves, on lui passa les fers au cou ; le temps passa, son oracle s´accomplit, la parole de Yavhé le justifia » (Ps 105).
 
13. « Votre richesse est pourrie », accuse Saint Jacques en s´adressant aux riches (Jc 5,1-69. Les Actes des Apôtres font état d´ « une grande faminesur la terre, celle qui se produisit sous Claude ». Selon Josèphe, la famine produisit de véritables désastres en Palestine dans les années 46-47 (Antiquités XX,101). « Les disciples décidèrent alors d´envoyer, chacun selon ses moyens, des secours aux frères de Judée » (Ac 11,27-30).

!4. Les gens demandent à Jean : que nous faut-il donc faire ? Et Jean appelle à la conversion : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n´en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Lc 3,10-11). « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l´argent » dit Jésus (Mt 6,24). Et encore : « Qu´il est difficile à ceux qui ont des richesses d´entrer dans le Royaume de Dieu ! ». Et aux disciples qui  posent la question : alors, qui peut être sauvé ?, Jésus répond : « Pour les hommes, impossible ; mais non pour Dieu : car tout est possible pour Dieu » (Mc 10,23-27).

* Dialogue : que nous faut-il faire ?