1. À LA RECHERCHE DE LA LA LUMIÈRE

Création : mercredi 7 mai 2014 Mis à jour : mercredi 7 mai 2014

1.    À LA RECHERCHE DE LA LA LUMIÈRE


1.  La quête de Dieu est une expérience en profondeur qu´il convient d´accueillir, de discerner et d´évaluer : « Celui qui cherche trouve », dit Jésus  (Mt 7,8). Cette recherche est ressentie et chantée par nos poètes : « Mon coeur tout entier, braise d´homme,/ inutile sans ton amour, plein de vide sans toi/ te cherche dans la nuit./ Je le sens qui te cherche, tel un aveugle,/ il étend, en chemin, ses mains pleines/ de largesses et de joie » (L. Panero). « Hier, j´ai rêvé ; je voyais/ Dieu, et Dieu parlait ; et j´ai rêvé que Dieu m´entendait…/ Et après, j´ai rêvé que j´avais rêvé ». Et encore : « Cette nuit, j´ai rêvé ; j´entendais Dieu, il criait : Alerte ! Et après, c´était Dieu qui dormait/ et moi je criais : Réveille-toi ! » (A. Machado).
2.  Et cependant, on dit souvent : « Je n´ai pas besoin de Dieu pour donner un sens à ma vie ».  Derrière cette expression et d´autres du même genre, nous pouvons découvrir la prétention radicale à être comme Dieu, tout en se passant de Dieu : la tentation originelle de l´homme. « Vous serez comme des dieux, vous connaîtrez le bien et le mal » (Gn3,5). Dieu a pour habitude de se promener dans le jardin de l´histoire humaine, mais l´homme se cache ; il croit que Dieu ne l´intéresse pas pour vivre : « Pas un qui recherche Dieu » dit Saint Paul (Rm 3,11).  Le projet d´origine de Dieu, de faire de mari et femme une seule chair : il se rompt. La relation d´amour se transforme en relation de soumission et de domination. La fécondité : elle est vécue sans illusion, comme un poids, dans la douleur (3,16). Le travail devient une réalité dure, hostile, qui rend esclave (3,17-19). La mort n´est plus un simple phénomène physique, un passage, elle est une réalité beaucoup plus radicale : la poussière, l´anéantissement de l´existence (3,19). Cela a été dit avec beauté : « Avec trois blessures, il nous est venu,/ celle de l´amour,/ celle de la mort,/ celle de la vie » (M. Hernandez).
3.  Pour qui cherche la lumière, ou  Dieu, et peut-être « à tâtons » (Ac 17,27),  la réponse ne se trouve pas dans les nuages des raisonnements théoriques. La réponse, c´est l´expérience de foi. Comme le dit Paul VI : « Dans le fond,  existe-t-il une autre manière de transmettre l´Évangile que celle de transmettre à l´autre sa propre expérience de foi ? » (EN 46). En réalité, la Bible n´est pas un traité sur Dieu, mais une profonde expérience de Dieu. Elle ne nous invite pas à parler de Dieu, mais bien plutôt à l´écouter quand il parle, à proclamer sa gloire et à accueillir son action. En conséquence, avoir la foi ne consiste pas simplement à admettre que Dieu existe, mais bien aussi qu´il intervient dans l´histoire de l´homme.      
4.  Dans la Bible, l´expérience centrale est la suivante :  Dieu parle de bien des manières (He 1,1) au sein des événements. Dans toute situation, qu´elle soit personnelle, sociale, ou ecclésiale, nous pouvons reconnaître l´action éloquente et significative de Dieu. Dieu parle, Dieu agit. La parole de Dieu est une parole qui se réalise (Ez 12,28).  Et donc, avoir la foi ne consiste plus à croire ce que nous ne voyons pas, mais bien à voir ce qui nous paraissait incroyable. C´est ce qu´annonce Saint Paul : « Parce que, de vos jours, je vais accomplir une oeuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait » (Ac 13,41).
5.  La mission de Jésus se résume à deux constantes : « Le Royaume de Dieu est proche », et « convertissez-vous » (Mc 1,15). Pour Jésus, évangéliser, c´est semer la parole, « la parole du Royaume ». «Voici que le semeur sortit pour semer » (Mt 13,3.18). Il en est de même pour l´Église qui, poursuivant la mission de Jésus, annonce une parle vive et efficace (He 4,12) ;  non pas une parole d´homme, mais bien la parole de Dieu qui continue à être active au milieu de vous (1 Th 2,13). Pour faire progresser sa mission, Jésus ne s´identifie à aucun des groupes sociaux ou religieux de son époque : Saducéens, Zélotes, Pharisiens, Esséniens, scribes. Jésus annonce la bonne nouvelle aux pauvres, à la foule soumise par les puissants. L´enseignement de Jésus n´a rien d´abstrait : là où existe l´oppression, là il existe une parole de libération. Comme ce jour-là, à la synagogue de Nazareth (Lc 4, 18-19). La mission de Jésus ne se réalise pas seulement  avec des paroles, mais aussi avec des faits. Jésus annonce une parole qui s´accompagne de signes : il enseigne et il soigne ; il dit et il fait. À la question des disciples de Jean Baptiste, il répond par le langage des faits (Mt 11,5). Celui qui cherche : ce dont il a besoin, c´est d´un signe.
6.  Le message chrétien n´annonce pas seulement le vécu de l´expérience de Dieu, mais bien aussi le vécu de l´expérience du Christ. C´est ce que proclame Pierre, le jour de la Pentecôte : « Que toute la maison d´Israël le sache donc avec certitude : Dieu l´a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié »(Ac 2,36). Et là réside le grand événement : un homme, crucifié par la justice glauque de ce monde, cet homme a été constitué Seigneur de l´histoire ; l´égal de Dieu ! Le Royaume de Dieu se manifeste dans la personne de Jésus, Jésus constitué Seigneur. L´Église naissante en fait l´expérience-même, puisqu´il lui est donné de reconnaître Jésus dans les signes multiples qui se produisent comme fruits de sa Pâque. Sa Pâque, son passage, a inauguré, pour le monde entier, l´aube d´un jour nouveau ; et celui-ci n´aura jamais de fin.  
7.  C´est l´expérience qu´a faite Paul. En parfait gardien des traditions de ses pères qu´il était (Ga 1,14), il se croyait obligé de combattre par tous les moyens existants le nom de Jésus et ceux qui s´y référaient. C´est pour remplir cette tâche qu´il se rendait à Damas et, vers midi, alors qu´il était en chemin, il vit une lumière. Cette lumière qui venait du ciel les enveloppa, lui et ses compagnons, ils tombèrent à terre et  il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? Il est dur, pour toi, de  regimber contre l´aiguillon ». Il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? » Le Seigneur dit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes . Mais relève-toi et tiens-toi debout. Car voici pourquoi je te suis apparu : pour t´établir serviteur et témoin des choses que tu viens de voir et de celles que je te montrerai encore. C´est pour cela que je te délivrerai de ton peuple et des nations païennes vers lesquelles je t´envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux, afin qu´elles reviennent des ténèbres à la lumière » (Ac 26,9-17).
8.  La « rencontre de Christ Jésus, mon Seigneur » suppose,  pour Paul un  changement en profondeur: « Ce qui constituait pour moi un avantage, je l´ai considéré comme un désavantage en référence au Christ » (Ph 3,7). Il ne s´agit pas d´une connaissance théorique ; cette rencontre fait irruption dans la vie, elle affecte la personne dans son ensemble, elle irradie même son visage : « Et nous tous qui, avec le visage découvert, réfléchissons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous nous transformons progressivement en cette même image, de plus en plus glorieuse. C´est ainsi qu´agit le Seigneur, lui qui est Esprit »(2 Co 3, 18). Il y a donc un avant et un après, un passage du vieil homme à l´homme nouveau, des ténèbres à la lumière.
9.  Celui qui vit cette expérience devient nouvelle création : «En effet, le Dieu qui a dit :Que des ténèbres resplendisse la lumière, est le Dieu qui a resplendi dans nos coeurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ » (2 Co 4,6). C´est l´aboutissement de la quête (RECHERCHE), l´expérience des premiers disciples : Nous avons trouvé ce que nous cherchions (Jn 1,45), nous avons trouvé le Christ. Paul n´eut pas l´occasion de rencontrer le Christ, mais c´est celui-ci qui le « rattrappa » (Ph 3,12) : Dieu «  daigna révéler en moi son Fils » (Ga 1,15), « issu selon la chair de la lignée de David, établi Fils de Dieu avec puissance selon l´Esprit de sainteté, par se résurrection d´entre les morts (Rm 1,3-4). « L´ancien a disparu, le nouveau est là » (2 Co 5,17) ; et il en est de même de notre connaissance de Dieu :  « Nul ne connaît le Fils si ce n´est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n´est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11,27).
10. Paul est envoyé à la communauté qu´il poursuit : « Là-bas, on te dira ce que tu dois faire (Ac 9,6). Et en effet, « il resta quelques jours avec les disciples de Damas » (9,19). La communauté, c´est le sein maternel où se forme l´homme nouveau par l´intermédiaire de la parole de Dieu qui vit et qui demeure (1 P 1,23). La communauté, c´est le puits dont jaillit l´eau que boit la Samaritaine (Jn 4). La communauté, c´est la piscine de Siloé où l´aveugle de naissance est guéri de sa cécité originelle (Jn 9). La communauté, c´est la maison où la gloire de Dieu est célébrée dans la présence nouvelle, ressuscitée, de Lazare (Jn 11).
11. L´expérience de foi est une réalité qui mûrit progressivement, peu à peu, par étapes. Elle est comme une graine, destinée à croître. Tout d´abord, elle est semée ; puis elle grandit., et enfin, elle produit du fruit. Normalement, et bien qu´on ne puisse le prévoir à l´avance dans chaque cas, le développement de la foi suppose du temps. Dans la première communauté chrétienne, la catéchèse est postérieure au baptême (Ac 2,42). Les cas d´abandon de la foi, causés par les persécutions ou d´autres problèmes, feront peu à peu comprendre la nécessité de tester plus sérieusement la foi de ceux qui veulent devenir chrétiens.. Ainsi surgit, aux premiers siècles, le catéchuménat, avec ses discernements au début et à la fin. Dans le contexte social et religieux de l´Espagne, dans laquelle nombreux sont les baptisés, mais peu nombreux sont ceux qui sont évangélisés (nous sommes, nous aussi, pays de mission), le processus catéchuménal s´effectue généralement après le baptême. Le problème de l´évangélisation des baptisés est assumé, dans l´Église, à partir du Concile Vatican II ; et ce, avec un caractère d´urgence et sous un point de vue catéchuménal, « sous forme de catéchuménat » (EN 44).
12. Dans un domaine aussi vital qu´est celui de la foi, l´expérience personnelle reste irremplaçable. Tel est le test que Paul applique à la communauté de Corinthe : « Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi. Éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus Christ est en vous ? » (2 Co 13,5). En conséquence, nous pouvons donc nous poser les questions suivantes : que signifie, pour nous, croire ? Sommes-nous « en recherche » ? Avons-nous une expérience de foi ? Ces questions permettent une prise de conscience de la quête elle-même, une révision du niveau religieux auquel se trouve chacun, une approche claire de la foi comme expérience, une communication de base de l´expérience de foi propre à chacun.

* Dialogue : Sommes-nous « en recherche » ? Avons-nous en propre une expérience de foi ?