18. ET POUR VOUS: QUI SUIS-JE?. La profession de foi

Création : dimanche 9 novembre 2014 Mis à jour : dimanche 9 novembre 2014

18. ET POUR VOUS: QUI SUIS-JE?
La profession de foi


1. Les questions se répètent, les réactions aussi: qui est Jésus de Nazareth? Un mythe, un prophète, un revolutionnaire, un frère pour chaque homme, quelqu´un qui agit dans notre vie, quelqu´un sans lequel rien n´aurait de sens? Et vous: qui est-il pour vous? Nous ne nous approchons de la figure de Jésus qu´en progressant peu à peu, en partant des éléments les plus extérieurs (et qui s´opposent, même, les uns aux autres) pour arriver aux aspects les plus profonds qui, seuls, peuvent se se révéler lors d´une expérience de foi et qui conduisent à la profession de foi.
2. Éléments plus externes: Jésus de Nazareth apparaît parmi nous comme « un homme comme un autre » (Ph 2,7). Il naît à Bethléem (Mt 2,1; Lc 2,4) à l´époque de l´empereur Auguste et du roi Hérode, mais c´est à Nazareth qu´il a grandi (Lc 4,16). Il est « le charpentier, le fils de Marie » (Mc 6,3), « à ce qu´on croyait, le fils de Joseph » (Lc 3,23), « de la maison de David » (1,27).  Baptisé en l´an quinze de l´empereur Tibère (3,1-22), il commence sa mission quand il a « environ trente ans » (3,23). Il se considère comme un prophète (Mc 6,5) et meurt crucifié vers l´an 30, Ponce Pilate étant alors procureur de Judée.
3. Sources non-chrétiennes : Vers l´an 90, l´historien juif Flavius Josèphe mentionne la lapidation (en 62) de Jacques, le « frère de Jésus appelé le Christ » (Antiquités Juives XX, 9,1 ; voir Ac 12,2.17). Le Talmud, qui reprend la tradition orale juive, dira plus tard : « La veille de Pâques, on pendit Jésus... parce qu´il pratiquait la magie  et menait le peuple hors du droit chemin » (Sanh. 43a). L´historien romain Tacite (vers 55-120) parle du Christ quand il aborde la première persécution des chrétiens au temps de Néron (64-67) : « Ce nom vient du Christ, que le procurateur Ponce Pilate avait condamné à mort sous le règne de Tibère. Cette superstition odieuse, réprimée durant quelques temps, se répandit de nouveau, et non seulement en Judée d´où le mal était parti, mais aussi à Rome, où conflue tout ce que le monde produit de détestable et de honteux, et où elle fit de nombreux adeptes » (Annales 15,44). Une lettre du gouverneur de l´Asie Mineure, Pline le Jeune, adressée à l´empereur Trajan dit en 110, entre autres choses, que les Chrétiens se réunissent à une date fixe pour un repas ordinaire et que, outre le fait de refuser de rendre culte à l´empereur, « ils chantent un hymne en l´honneur du Christ, comme s´il était Dieu » (Lettres 10,96 ; voir aussi Suétone, Vie de Claude 25,4).
4. Sources chrétiennes : En présence de la figure de Jésus, les réactions sont diverses. Les gens qui le suivent perçoivent en lui un prophète (Mt 16,14), « un prophète puissant en oeuvres et en paroles » (Lc 24,19). Il est « pour toujours,  prêtre selon l´ordre de Melchisédech » (Ps 110; He 5,6), mais il n´est pas prêtre de l´ordre lévitique. Jésus enseigne « comme ayant autorité » (Mc 1,22), il enseigne et il guérit (Mt 4,23), il est créateur de communauté (Lc 10,1), la nouvelle famille des disciples (8,21). Quand les disciples de Jean lui posent la question, Jésus se réfère aux signes  qui libèrent : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres »(Mt 11,5).  Son message est le suivant : « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche » (Mt 3,2). Sa liberté est insolite : au-delà du pain (Lc 4,4), au-delà du posséder (9,58), au-delà du pouvoir (13,31-33), au-delà de la famille (8,19), il renonce même à la vie conjugale (Mt 19,12).
5. Nicodème est un magistrat juif, et il sait que Jésus vient de Dieu en tant que maître, parce que personne ne peut réaliser les signes qu´il réalise si Dieu n´est pas avec lui (Jn 3,2). Le fonctionnaire royal dont le fils est gravement malade croit  en ce que lui dit Jésus et, à cette heure-même, son fils est guéri (4,46-53). La Samaritaine perçoit en lui un prophète et s´interroge : Ne serait-il pas le Christ ? (4,29). Les Samaritains le reconnaissent comme « le Sauveur du monde » (4,42). Devant la tempête calmée, les disciples sont stupéfaits et se demandent : Qui  est-il, pour que même les vents et la mer lui obéïssent ? (Mt 8,27). Lors de sa rencontre avec Jésus, Zachée « chef des publicains, homme très riche » révise sa position et intègre le partage à sa vie (Lc 19,1-10).
6. Réactions contraires : le scandale, le mépris, le rejet. C´est ainsi que réagissent les gens de la famille et du village. Un jour où Jésus s´était  rendu dans son village et où il commençait à enseigner à la synagogue, les gens disaient, étonnés :  D´où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N´est-ce pas le fils du charpentier ? Et ils étaient choqués à son sujet. Jésus leur répondit : « Un prophète n´est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison » (Mt 13,54-57). Et les siens disaient : « Il a perdu le sens » (Mc 3,21). Les gens de son village le chassent et et essayent de le précipiter dans le vide (Lc 4,29). Ses adversaires l´accusent de parler comme un prophète, mais de ne pas vivre comme un prophète : ses disciples ne jeûnent pas (Mc 2,18), c´est « un glouton et un ivrogne, qui fréquente les publicains et les pécheurs » (Mt 11,19), « il ne respecte pas le sabbat » (Jn 5,18), « il se prend pour Dieu » (10,33), « il est possédé par un démon » (8,48). Les démons eux, manifestent un profond rejet (Mt 8,29). Jésus soigne sur son chemin (Lc 13,31). Au plus profond de problèmes qui nous dépassent, il apparaît comme  « le plus fort » (Mt 12,28-29). Pour beaucoup, le langage de Jésus est trop dur et ils abandonnent : « Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n´allaient plus avec lui » (Jn 6,60-66).
7. À la question que Jésus pose à ses disciples : Et pour vous, qui suis-je?, Pierre répond : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Jésus appelle Pierre « heureux »  parce que cela n´a pului être révélé par personne si ce n´est par le Père qui est dans les cieux ; et cependant, il corrige l´espérance humaine de Pierre, espérance d´ordre politique qui, en réalité, suppose une tentation, un scandale (16,23). L´aveugle de Jéricho s´adresse à Jésus en criant : « Fils de David, aie pitié de moi ! »(Lc 18, 38-39). Jésus assume la figure du serviteur : « Voici mon Serviteur que j´ai choisi, mon Bien Aimé qui a toute ma faveur » (Mt 12, 18).
8. Jésus, le prophète de Galilée, ne veut pas qu´on le confonde avec d´autres qui l´ont précédé (Jn 10,8). Les Zélotes annoncent le royaume de Dieu, mais ils prétendent l´imposer par la force ; ils ne trouvent en Jésus aucun mot pour les soutenir mais bien plutôt la critique : ils livrent les leurs aux Romains qui les égorgent (Lc 13,3), ils voient venir le loup et ils s´enfuient, ce ne sont que des mercenaires, ils n´entrent pas par la porte, ce sont des voleurs et des agresseurs, ils volent, tuent et détruisent (Jn 10,1-21). Bien qu´il se soit trouvé parmi les disciples un Zélote (Simon), Jésus ne l´est pas : il ne porte pas d´arme ; il est « le bon pasteur » (Jn 10,14) et ses armes sont les signes du Royaume. Il est probable que Judas Iscariote (peut-être s´agit-il d´une déformation de sicariote, tueur à gages) avait un passé zélote et qu´il ait été déçu par Jésus ; manipulé par les grands prêtres, il en arriva à le trahir (Mc 14, 10-11).
9. Dans le fond, la cause que défend Jésus est d´ordre religieux mais elle a des répercussions sociales et politiques. Il s´affronte au système religieux, social et politique que symbolise le temple (Mc 11,17). La hiérarchie sacerdotale reçoit sa fonction de père en fils, et elle ne jouit pas de la sympathie populaire; elle se situe en état de dépendance vis à vis du pouvoir de l´occupant romain et partage le pouvoir avec d´autres groupes influents : les saducéens, les scribes, les pharisiens, les légistes, les puissants. Jésus condamne son rôle social et religieux (Mt 23 ; Lc 11,39-54 ; 6,24).  En revanche, il opte pour les faibles (9,48), il annonce la bonne nouvelle aux pauvres (4,18) à la foule de ceux qui sont soumis par les puissants (Mt 9,36). Bien entendu, Jésus n´enseigne pas la vieille théologie saducéenne ; les saducéens recherchent le compromis avec l´empire, ils croient que Dieu a abandonné le monde à son sort et que la résurrection est une nouveauté sans fondement.
10. Nombreux étaient ceux qui disaient : « C´est vraiment le prophète » ; d´autres disaient : « C´est lui le Christ » (Jn 7,40-41). En hébreu, l´expression Messie (Christ en grec,  qui signifie : Oint) fait référence au roi attendu, qui remplacerait le pouvoir étranger par la souveraineté de Dieu. Il s´agissait d´un mot dangereux car il était associé à l´agitation politique. Au cours du procès qui lui est intenté, Jésus précise quelle est sa position : « Mon royaume n´est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes hommes auraient combattu » (Jn 18,36). Et malgré tout, on le condamne pour agitation politique et, sur l´écriteau de la croix, il est inscrit : « Roi des Juifs » (19,19). Tandis qu´il enseigne au temple, Jésus pose lui-même la question du Messie, du Christ : comment les scribes peuvent-ils dire que le Christ est le fils de David ? Alors que David lui-même, mû par l´Esprit Saint, dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite ».  Puisque le Christ est le descendant de David, comment David peut-il l´appeller Seigneur ? C´est que  le Christ est plus que David, plus que Salomon, plus que Jonas (voir Lc 11,31-32).
11. Face à la mort de Lazare dans la plénitude de sa vie, Jésus annonce la résurrection (Jn 11,24). Qui plus est, il dit à Marthe : « Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s´il meurt, vivra . Le crois-tu ? ». Ce à quoi Marthe répond : « Oui, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde » (11,26-27). Jésus utilise d´autres expressions vis à vis de lui-même : « Moi je suis le pain vivant, le pain descendu du ciel. Celui qui mange de ce pain, il vivra pour toujours » (6, 51). Et encore : «  Si quelqu´un a soif, qu´il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi ! » (7,37). « Moi, je suis la lumière du monde; qui me suit ne marchera pas dans l´obscurité, mais il aura la lumière de la vie » (8,12). Le centurion, en voyant ce qui s´était produit à la mort de Jésus, glorifiait Dieu en disant : « À n´en pas douter, cet homme était un juste ! » (Lc 23,47).  
12. Jésus se définit lui-même comme le Fils de l´Homme (Jn 10,36). Dans les Evangiles, cette expression apparaît toujours dans la bouche de Jésus (Mc 10,33 ; Jn 9,35) : la prophétie de Daniel se réalise. Au peuple des croyants opprimés par des forces bestiales,  est annoncée une espérance : « Comme un Fils d´Homme venant sur les nuées du ciel », il lui est remis un royaume, un  royaume qui ne sera jamais détruit (Dn 7,13-14).  Le jujement de l´histoire se fait entre le trône de Dieu et celui du Fils de l´Homme, car Dieu remet son royaume au Fils de l´Homme qui vient « sur les nuées du ciel » ( ce qui signifie à la manière de Dieu) pour jujer l´histoire humaine. La résurrection et le jujement sont « les oeuvres encore plus grandes » (Jn 5,20) que réalise Jésus : « L´heure est venue –et c´est maintenant- où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l´auront entendue vivront » » (5,25) ; Dieu « lui a donné le pouvoir d´exercer le jujement parce qu´il est fils d´Homme » (5,27). Lorsque, au  moment culminant du procès de Jésus, le Grand Prêtre Caïphe l´interroge ainsi : « Je t´adjure, par le Dieu Vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu », Jésus répond par un défi impressionnant : « Tu l´as dit, je le suis » ; « Dorénavant, vous verrez le Fils de l´Homme siégeant à droite de la puissance et venant sur les nuées du ciel » (Mt 26,63-64). Pour le Grand Prêtre, il s´agit là d´un blasphème ; mais pour l´Église naissante, de la profession de foi (Ep 4,5-6 ; 1 Tm 2,5).
13. Jésus se définit comme Fils de Dieu (Jn 10,36). Dans la Bible, cette expression désigne une relation spéciale avec Dieu ; il est Fils du Dieu juste (Sg 2,28), il est le peuple d´Israël (Ex 4,22), il est le roi (2 Sg 7,24 ; Ps 89) et, surtout, le roi promis (Ps 2,7). Sont fils de Dieu ceux qui accueillent la parole de Dieu (Jn 1,12-13), ceux qui travaillent pour la paix (Mt 5,9), ceux qui aiment leurs ennemis (5,45), ceux qui ressuscitent (Lc 20,36). Et cependant, Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 16,16), « le Fils » (Mc 13,32 ; Mt 21,37) avec une portée toute particulière. Lors du baptême de Jésus (mc 1,11) et dans le passage de la transfiguration (9,7), Dieu l´appelle « mon Fils bien-aimé ». Dans la parabole des vignerons homicides (12,6) ainsi que dans d´autres passages, Jésus se présente lui-même comme « le Fils », expresssion qui enferme un sens unique (Mt 11,27 ; 24,36). La communion de Jésus avec Dieu est totale : « Le Père et moi, nous sommes un » dit Jésus (Jn 10,30 ; voir 5,16-18) ; il dit, par ailleurs : « Le Père est plus grand que moi » (14,28). Avec ses racines humaines (Lc 3,23), la naissance de Jésus est oeuvre de Dieu (Mt 1,18 ; Ps 119,73). Le psaume 2 se réalise au baptême de Jésus: « Tu es mon fils; moi, aujourd´hui je t´ai engendré ».
14. L´Église naissante considère comme l´essentiel de sa foi la profession au Christ. Ainsi le proclame Pierre le jour de la Pentecôte : « Jésus, le Nazoréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, signes et prodiges qu´il a opérés par son intermédiaire au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l´avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies. (...) Dieu l´a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l´Esprit Saint, objet de la promesse, et l´a répandu. C´est là ce que vous voyez et entendez. (...). Que toute la maison d´Israël le sache donc avec certitude : Dieu l´a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Ac 2, 22-36).
15. En premier lieu, Dieu l´a fait ressusciter : Jésus vit malgré la mort. Son mode de présence est différent ; il n´est pas présent parmi nous à la manière de l´homme, mais à la manière de Dieu. Les disciples mettent du temps à le reconnaître, et il peut être reconnu dans les circonstances ordinaires de la vie, au coeur d´évènements qui se transforment en signes de sa présence. Marie Madeleine reconnaît Jésus dans la parole qu´il lui adresse (Jn 20,16) ; les marcheurs d´Emmaüs le reconnaissent à la fraction du pain (Lc 24,13-32); les disciples le reconnaissent –et le retrouvent- dans cette pêche surabondante : « C´est le Seigneur » (Jn 21,7) ; Thomas retire les conditions qu´il avait mises pour croire et il confesse : « Mon Seigneur et mon Dieu » (20,28).
16. Jésus n´est pas un ressuscité comme les autres : il est le Seigneur. Durant sa mission, on l´appelle « seigneur » -monsieur- (Mc 7,28 ; Mt 8,8) en signe de respect ; mais après sa mort et sa résurrection, le psaume 110 se réalise pleinement : « Le Seigneur (Dieu) a dit à mon Seigneur (le Christ) : siège à ma droite » (Ac 2,34-35 ; 1 Co 15,25 ; Col 3,1 ; Ep 1,20 ; He 1,13). Jésus de Nazareth a été constitué Seigneur de l´histoire humaine  et le royaume de Dieu se rend présent en la personne de Jésus. Le crucifié est roi, il est Christ, de la souveraineté de Dieu; il est le bras droit de Dieu. Le Seigneur collabore avec les disciples en confirmant la Parole par les signes qui l´accompagnent (Mc 16,20) ; Jésus agit dans l´histoire humaine à la manière de Dieu.
17. Jésus est le fils de Dieu, « issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l´Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts » (Rm 1,3), et tout l´Évangile s´ordonne autour de cette phrase : « Pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jn 20,31). Et il l´est depuis toujours : « Je suis sorti d´auprès du Père et venu dans le monde ; à présent, je quitte le monde  et je vais vers le Père » dit Jésus lors du dernier repas (Jn 16,28). « La Parole s´est fait chair », « alors qu´il était de condition divine, il n´a pas usé de son droit d´être traité comme un dieu, mais il s´en est dépouillé (...).  C´est pourquoi Dieu l´a souverainement élevé et lui a conféré le nom qui est au dessus de tout nom afin qu´au nom de Jésus tout genou fléchisse (...) et que toute langue proclame que Jésus Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,6-11). Il est « image du Dieu invisible », « Premier-né de toute créature », « tout en acquiert subsistance en Lui», il est « le Premier-né d´entre les morts » (Col 1,15-20 ; voir Lc 20,36).
18. La profession de foi s´exprime en formules brèves : « Jésus est Seigneur » (1 Co 12,3) ; « Jésus est le Christ » (1 Jn 2,22) ; « Jésus est le Fils de Dieu » (Ac 8,37 ; 1 Jn 4,15 ; Hb 4,14). Le symbole du poisson est aussi une profession de foi : le mot grec ICTHYS (qui signifie poisson) correspond aux lettres initiales de cette profession de foi : Iesous, Christos, Theou Yios, Soter (Jésus, Christ,Fils de Dieu, Sauveur). Mais, ne l´oublions pas, nous avons besoin que ce soit Dieu lui-même qui nous le dise : « Personne ne connaît le Fils, si ce n´est le Père » (Mt 11,27) ;  « Personne ne peut dire : Jésus est Seigneur si ce n´est avec l´Esprit Saint ». La prière de l´Église naissante : « Viens, Seigneur Jésus » (Maranatha : 1 Co 16,22 ; Ap 22,20) est elle-même une profession de foi. La communauté chrétienne invoque le nom du Seigneur et fait l´expérience de sa présence mystérieuse : le nom du Christ y est invoqué comme on invoque le nom de Dieu (Jl 3,5). Les Chrétiens sont ceux « qui invoquent le nom du Seigneur », de même que Paul désigne du nom de croyants « tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur, Jésus, le Christ » (1 Co 1,2). Il l´annonce clairement : « Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si tu crois dans ton coeur que Dieu l´a ressuscité d´entre les morts, tu seras sauvé (...). En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé «  (Rm 10,9-13).
19. L´expérience de foi est fondamentale en ce qu´elle suppose la rencontre avec le Christ. Il nous rejoint (P 3,12), il change le sens-même de notre vie : « Car il n´y a pas sous le ciel d´autre nom par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4,12). Telle est l´expérience de Paul : Dieu, dit-il, « daigna révéler en moi son Fils » (Ga 1,15-16), « pour moi, vivre c´est le Christ » (Ph 1,21), « je vis, mais ce n´est plus moi qui vis, c´est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Tout ce que Jésus a dit et a fait, l´Écriture tout entière, se transforment en un témoignage en sa faveur. Ainsi l´a dit Jésus aux Juifs : « Vous, vous scrutez les Écritures parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage » (Jn 5,39).
20. Quelques développements dogmatiques. Face à Paul de Samosate (environ 200-272), l´Église affirme que « Jésus Christ est Fils de Dieu par nature, et non par adoption ». Le Concile de Nicée (en 325) confesse que le Fils de Dieu est « engendré, non pas créé, de la même substance-nature que le Père » et il condamne les affirmations d´Arrien (environ 256-336) selon lesquelles « le Fils de Dieu sortit du néant », « d´une substance-nature différente de celle du Père ». Nestorius (environ 386-451) voit dans le Christ une personne humaine conjointement à la personne divine du Fils de Dieu. Le Concile d´Éphèse (en 431) affirme que « le Verbe, en s´unissant dans sa propre personne à une chair animée d´une âme douée de raison, s´est fait homme ».  La personne divine du Fils de Dieu assume l´humanité du Christ par sa conception, et c´est pour cette raison que Marie est « mère de Dieu ». Selon Cyril d´Alexandrie, il n´y a, dans le Christ, qu´une seule nature : la nature divine qui assume la nature humaine. Le Concile de Chalcédoine, en 451, affirme : « On se doit de reconnaître un seul et même Christ Seigneur, Fils unique en deux natures » ; celà suppose deux formes de connaissance et deux volontés (Catéchisme de l´Église Catholique, nºs 465-467 et 472-475). Et cependant, les mots de Jésus sont : « Je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m´a envoyé » (Jn 5,30). Dès son enfance, Jésus « progressait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2,52).

*Dialogue : Qui est Jésus de Nazareth ?
Que disent les gens ? Et pour vous : qui suis-je ?
Convient-il de réviser la tradition à la lumière de l´Écriture ?