55. NOUVELLE NAISSANCE . De l´eau et du vent.

Création : lundi 31 mars 2014 Mis à jour : lundi 15 septembre 2014

 55. NOUVELLE NAISSANCE
 de l´eau et du vent

1. Dans le contexte social et religieux dans lequel vit Jésus, il ne sert à rien de dire: ”Nous avons pour père Abraham”. Dans celui de notre société baptisée mais insuffisament évangélisée, il ne sert à rien non plus de dire: ”Nous sommes catholiques depuis toujours!”. Il convient d´en arriver à vivre ce que signifie le baptême.  Il nous faut naître à nouveau (Jn 3), dit Jésus à Nicodème. Au coeur de la catéchèse des premiers siècles, le baptême suppose un changement radical, un passage de la soif à l´eau vive (Jn 4), de la cécité à la lumière (Jn 9), de la mort à la vie (Jn 11). “Se faire baptiser, ce n´est pas prendre un bain; l´eucharistie, ce n´est pas rassasier son corps. Celui qui se fait baptiser se lave dans un monde nouveau; et c´est dans un monde nouveau que se nourrit la communauté” (NCA).
2. Nicodème, magistrat juif, occupe un poste important dans le gouvernement. C´est de nuit qu´il va trouver Jésus et qu´il lui dit: ”Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître: personne ne peut faire les signes que tu fais si Dieu n´est pas avec lui”. Le magistrat sait reconnaître les signes; mais il appartient à un monde différent, un monde où l´on ne comprend pas ce que dit Jésus: “Je te le dis, à moins de naître d´en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu”. Cela suppose un changement radical, une nouvelle naissance. Et, au magistrat qui demande: ”Comment un homme peut-il naître étant vieux?”, Jésus répond: “À moins de naître de l´eau et de l´Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu”. Il est nécessaire de naître de l´eau, naissance que symbolise la conversion annoncée par Jean (Jn 1,31), et il est nécessaire de naître du vent, naître de l´esprit: “Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d´où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l´Esprit” (3,3-8).
3. Nicodème est maître en Israël, mais il ne comprend pas cela. Lui, il est homme de loi; attaché à un code qui exclut toute nouveauté, qui se ferme à l´action de Dieu. En tant que Pharisien, il pense que Dieu a terminé son oeuvre, que l´homme se trouve dans son état définitif; qu´il n´y a aucun seuil à traverser. Mais Jésus dit autre chose: la création n´est pas terminée, Dieu continue de travailler (Jn 5,17); l´homme doit naître à nouveau. Le dialogue révèle une tension entre la synagogue et la communauté des disciples: “Nous, nous parlons de ce que nous connaissons et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; mais vous, vous n´acceptez pas notre témoignage”.
4. Dans la Bible, esprit signifie le souffle de Dieu (Gn 2,7), la réalité de Dieu (Jn 4,24), ses dons (Is 11,2), le don de l´Esprit: “Après cela, dit Dieu: je répandrai mon Esprit sur toute chair” (Jl 3,1).  L´Esprit de Dieu apparaît sous de nombreuses formes dans la vie de Jésus: à sa conception (Lc 1,35), lors de son baptême (3,21-22), dans le désert (4,1),  pour sa mission (4,14-22), dans sa prière (10,21), au dernier repas (Jn 14,16-17), à sa résurrection (20,22), sur la première communauté chrétienne (Ac 2). Au cours du dernier repas, Jésus a annoncé le don de l´Esprit: “Et je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur, pour qu´il soit avec vous à jamais, l´Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu´il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu´il demeure auprès de vous; et en vous il sera. Il ne vous laissera pas orphelins: je reviendrai vers vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous” (Jn 14,16-20; cf.14,23-26; 15,26-27; 16,7-15).
5. Le baptême de Jean prépare le chemin de celui qui baptisera dans l´eau et dans l´Esprit (Jn 3,5), dans l´Esprit Saint et dans le feu: “Il tient dans sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire; il recueillera son blé dans le grenier; quant à la bale, il la consumera au feu qui ne s´éteint pas”(Mt 3,11-12). Jean s´adresse à tous: pécheurs, païens, Pharisiens, Sadducéens (Mt 3,7-10;Lc 3,12-14). Il n´exige pas de pratiques ascétiques particulières. Il dénonce la fausse illusion d´avoir pour père Abraham sans pratiquer la justice (Mt 3,8).  Il invite à partager:” Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n´en a pas; et que celui qui a de quoi manger fasse de même” (Lc 3,10-14). Jean annonce un “baptême de conversion pour le pardon des péchés” (Mc 1,4). Il rend témoignage au Christ, qui signifie Oint: “Moi, je ne le connaissais pas; mais celui qui m´avait envoyé baptiser dans l´eau, celui-là m´avait dit: “Celui sur qui tu verras l´Esprit descendre et demeurer, c´est lui qui baptise dans l´Esprit Saint”. Et moi, j´ai vu et je témoigne que celui-ci est l´Élu de Dieu” (Jn 1,33-34).
6. C´est à partir du moment où Jean est arrêté que Jésus commence sa prédication en Galilée, sur l´autre rive du Jourdain, la Galilée des païens: “Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche” (Mt. 4,17; cf. Is 52,7). Jésus annonce l´action de Dieu et appelle à la conversion. Et cependant, son message intervient dans un monde dans lequel règne l´expérience du contraire. Le monde n´a pas besoin de Dieu et ne croit pas que la conversion soit possible
 L´Évangile fait irruption dans une humanité enchaînée, plongée dans l´obscurité, en demande de libération: “Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière” (Mt 4,16); “L´Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu´il m´a consacré par l´onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m´a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés” (Lc 4,18). L´Évangile apporte la réalisation des signes attendus: “Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres” (7,22).
7. Par son appel à la conversion, Jésus nous situe face au Dieu vivant: non seulement tu n´auras pas d´autres dieux (Dt 5,11), mais tu chercheras par dessus tout le Royaume de Dieu et sa justice (Mt 6,33). Non seulement tu ne jureras pas de façon mensongère (Dt 5,11), mais tu ne jureras pas du tout (Mt 5,33-34). Non seulement tu sanctifieras le sabbat (Dt 5,12-15), mais c´est le sabbat qui a été fait pour l´homme (Mc 2,27) et il se nourrira du pain de vie ce jour-là. Non seulement tu honoreras ton père et ta mère (Dt 5,16), mais ta famille, ce seront ceux qui écoutent la Parole de Dieu (Mc 3,31-35). Non seulement tu ne tueras point (Dt 5,17), mais tu aimeras ton ennemi (Mt 5,43-46). Non seulement tu ne commettras pas d´adultère (Dt 5,18), mais tu seras fidèle du fond de ton coeur (Mt 5,27-30). Non seulement tu ne voleras pas (Dt 5,19), mais tu partageras tes biens (Lc 19,8-10). Non seulement tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain (Dt 5,20), mais bien plus, tu lui chercheras des excuses et tu pardonneras (Mt 18,21-22). Sur l´amour de Dieu et l´amour du prochain se rattache toute la Loi ainsi que les Prophètes (Mt 22,40).  
8. Le baptême de Jésus, modèle de tout baptême, se fait dans l´Esprit de Dieu. Lors de son baptême par Jean dans le Jourdain, les cieux s´ouvrent, l´esprit descend, on entend une parole qui dit:” Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur” (Mt 3,16-17). L´esprit de Dieu descend sur Jésus et repose sur lui (Is 11,2;Mt 3,16); avec la sollicitude d´une colombe qui vient se poser sur le nid dans lequel sont ses petits. De même que l´esprit de Dieu agitait les eaux primordiales (Gn 1,2), maintenant l´esprit de Dieu crée un homme nouveau et un monde nouveau. D´une certaine manière, pour Jésus, il s´agit d´une nouvelle naissance. Le psaume 2 se réalise: ” Tu es mon fils; moi, aujourd´hui, je t´ai engendré”.
9. S´accomplit aussi le premier chant du serviteur (Is 42): “Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît”. Dieu lui-même présente son serviteur. Le serviteur porte en lui l´esprit de Dieu et il a une mission à accomplir: ”J´ai mis sur lui mon esprit, il présentera aux nations le droit. Il ne crie pas, il n´élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue; il ne brise pas le roseau froissé, il n´éteint pas la mèche qui faiblit; fidèlement, il présente le droit; il ne faiblira ni ne cédera jusqu´à ce qu´il établisse la droit sur la terre, et les îles attendent son enseignement”. La mission du serviteur n´a pas de frontières, il fait connaître la volonté de Dieu, il travaille pour la justice. Il ne s´impose pas par la force, mais il ne se tait pas non plus ni ne s´avoue vaincu. Le serviteur tient sa fonction de Dieu, il répond à un appel, il accomplit un destin auquel il a été appelé par Dieu. “Moi, Yahvé, je t´ai appelé dans la justice, je t´ai saisi par la main et je t´ai modelé pour faire de toi l´alliance du peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux aux aveugles, pour faire sortir du cachot les prisonniers et de leur prison ceux qui habitent les ténèbres”. Dans les Actes des Apôtres, il est dit que “dans cette ville, se sont alliés Hérodes et Ponce Pilate... contre son saint serviteur Jésus” (Ac 4,27).
10. Le second chant du serviteur (Is 49) es semblable: “Îles, écoutez-moi; soyez attentifs, peuples lointains! Yahvé m´appelé depuis le sein de ma mère, il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m´a abrité à l´ombre de sa main; il a fait de moi une flèche acérée, il m´a caché dans son carquois. Il m´a dit: ”Tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai”. Et moi, j avais dit: “C´est en vain que j´ai peiné; pour rien, pour du vent, j´ai usé mes forces”. Vraiment, le Seigneur s´occupe de ce à quoi j´ai droit et mon Dieu de mon salaire?. “Et pourtant, mon droit était avec le Seigneur et mon salaire avec mon Dieu (...). Je serai glorifié aux yeux de Yahvé, mon Dieu a été ma force”. L´appel du Seigneur ponge au plus profond des racines elles-mêmes de l´existence de chacun. La bouche du serviteur qui proclame la parole de Dieu est une épée tranchante, une flèche acérée; une arme pour la proximité et une arme pour la distance, une arme qu´utilise le Seigneur pour le moment opportun. Pendant un temps, l´épée est cachée à l´abri de sa main et la flèche rangée dans son carquois. Et cependant, ce n´est ni du temps perdu ni du travail inutile; l´échec du serviteur n´est qu´apparent. La mission demeure et parvient aux confins de la terre: “C´est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d´Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre”. Il ne s´agit pas seulement de réunir les tribus de Jacob, de dépasser les schismes et les rejets (la division actuelle des Églises). Non, ce que Dieu prépare sur la scène de l´histoire, c´est un évènement universel, visible pour toutes les nations.    
11. Le don de l´esprit est une réalité qui jaillit à flots de la Pâque du Christ. C´est ce que proclame Pierre, le jour de la Pentecôte: ”Jésus, le Nazoréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu´il a opérés (...), Dieu l´a ressuscité, ce Jésus; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l´Esprit Saint, objet de la promesse, et l´a répandu. C´est là ce que vous voyez et entendez” (Ac 2,22-33).  Dans l´Église, se répètent les signes de Jésus: les boiteux marchent (Ac 3,1-10), les morts ressuscitent (9,40;20,10), on assiste à des changements radicaux (10,44-48), la parole de Dieu est annoncée avec courage (4,13), les biens sont partagés (2,44;4,32), les menaces et persécutions sont affrontées avec paix et joie (5,41), l´esprit produit ses fruits (1 Co 12,8-10), on proclame que Jésus est le Seigneur (1 Co 12,5). Ainsi se réalise le psaume 110: ”Le Seigneur a dit à mon Seigneur: siège à ma droite, jusqu´à ce que j´aie fait de tes ennemis l´escabeau de tes pieds”.
12. Les Actes des Apôtres mettent en évidence la position centrale qu´occupe le baptême dans la première communauté chrétienne. Ceux qui accueillent l´Évangile reçoivent le baptême. Les paroles de Pierre leur vont droit au coeur et ils demandent: que devons-nous faire? Et Pierre de leur répondre: “Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés; et vous recevrez alors le don de l´Esprit Saint “(Ac 2,38). Dans les premières communautés, on baptise “au nom de Jésus Christ” (Ac 2,38), “dans le Christ” (Ga 3, 27;Rm 6,3), “au nom du Seigneur Jésus” (Ac 19,5), ou bien dans “l´Esprit Saint” (19,3).
13. Paul le sait par expérience; rencontrer le Christ, c´est comme naître à nouveau, c´est devenir “un homme nouveau” (2 Co 5,17). La profondeur de cette relation, il l´exprime ainsi: “Je vis, mais ce n´est pas moi qui vis: c´est le Christ qui vit en moi!” (Ga 2,20). La découverte du Christ hisse Paul hors de lui-même, elle fait disparaître ses anciens centres d´intérêt, elle inverse sa hiérarchie des valeurs, elle modifie les bases de son univers tout entier: “Tous ces avantages dont j´étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause (...) de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. Pour lui, j´ai accepté de tout perdre, je considère tout le reste comme déchets, afin de gagner le Christ et d´exister en lui; et cela, non pas comme une justice qui vient de moi –celle de la Loi- mais qui vient de la foi au Christ: la justice qui vient de Dieu et qui s´appuie sur la foi” (Ph 3,3-9).
14.Telle qu´elle nous est parvenue, la célébration du baptême se présente comme une accumulation de rites, eux-mêmes recueillis de la tradition. Si nous faisons un retour aux sources, nous nous trouvons en présence d´une simplification. Tout est simplifié. Observons le passage de l´eunuque éthiopien, ministre du trésor qui revient d´un pélerinage à Jérusalem et qui, assis sur son char, est en train de lire un passage du prophète Isaïe: le troisième chant du serviteur (Ac 8,27-28).  Le contexte est le suivant: ”Ceux qui s´étaient dispersés se rendaient en tous lieux et y annonçaient la Bonne Nouvelle de la Parole” 8,4). La persécution retombe tout particulièrement sur le secteur grec de la communauté de Jérusalem qui, tout comme Jésus, dénonce le temple.
15. L´ange du Seigneur, messager de Dieu, dit à Philippe: lève-toi et prends la route du Sud, par le chemin qui va de Jérusalem à Gaza. Celui-ci s´étant levé et mis en route, l´esprit lui dit: tu vois ce char? Approche t´en et situe-toi à côté. Philippe ayant couru jusqu´à lui, il entend l´Éthiopien lire le prophète Isaïe et lui demande: ce que tu lis, tu le comprends? Comment pourrais-je le comprendre, répond l´Éthiopien, si personne ne me sert de guide? Le passage était le suivant: “Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie; comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n´ouvre pas la bouche. Dans son abaissement, la justice lui a été déniée. Sa postérité, qui pourra la raconter? Car sa vie est retranchée de la terre” (Is 53,7-8).
16. Et l´Éthiopien pose à Philippe cette question: de qui le prophète dit-il cela? De lui-même ou de quelqu´un d´autre? (Ac 8,34). Philippe alors, à partir de ce texte de l´Écriture, lui annonce la bonne nouvelle de Jésus, crucifié en ce lieu d´où revient précisément le pélerin, ce lieu devenu un abattoir. Poursuivant ensemble  leur chemin, ils arrivent à un endroit où il y a de l´eau et l´Éthiopien demande: il y a de l´eau, ici, qu´est-ce qui empêche que je sois baptisé? Ayant ordonné qu´on arrête le char, ils descendent tous les deux, Philippe et l´eunuque, et Philippe le baptise. En sortant de l´eau, l´esprit du Seigneur précipite Philippe dans une autre direction et il disparaît. L´eunuque, ne le voyant plus, continue alors sa route, la joie au coeur.
17. Le baptême chrétien est un baptême “dans l´esprit”: “Jean baptisait dans l´eau et vous, vous serez baptisés dans l´esprit saint” (Ac 1,5). L´esprit est don de Dieu, communication de Dieu qui se donne lui-même. Tout ce qui se produit à partir de Dieu se produit dans l´esprit. L´esprit est don de Dieu qui se donne à celui qui reçoit le baptême (Ac 2,38;Rm 5,5), il est le signe de la présence de Dieu au coeur du croyant. Jésus l´a dit: “Si quelqu´un a soif, qu´il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi! Selon les mots l´Écriture: De son sein couleront des fleuves d´eau vive. Il parlait de l´Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui; car il n´y avait pas encore d´Esprit, parce que Jésus n´avait pas encore été glorifié” (Jn 7,37-39). L´Esprit est l´eau abondante que Jésus répand en ceux qui croient en Lui: “Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous” (Eph 4,5-6;cf. 1 Co 6,11).
18. Le Symbole de la foi l´exprime ainsi: “Je crois en esprit saint”. Dans le texte original grec, le mot apparaît en minuscules et sans article. Par le don de l´esprit, le Seigneur ressuscité demeure présent parmi nous, de même que le Père: “Si quelqu´un m´aime, il gardera ma parole, et mon Père l´aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui” (Jn 14,23).        
19. Le baptême suppose purification (1 Co 6,11;Ep 5,25-26), nouvelle naissance (Jn 3,3-5;Ga 4,29), régénération (Tt 3,5-8), illumination (Ep 5,8-14). Saint  Pierre le dit: ”Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut (1 P 2,2). Le baptême suppose croissance, et aussi une conduite exemplaire (2,12), une vie nouvelle (Rm 6,4). Dans le baptême, est annulée la prétension originale de l´homme pécheur: être comme Dieu sans Dieu (Gn 3,5).  
20. Aux tout premiers siècles, “le baptême des adultes est la pratique la plus courante” et “le catéchuménat (la préparation du baptême) occupe alors une place importante” (Catéchisme de l´Église Catholique, 1247). En tant qu´initiation à la foi et à la vie chrétienne, le catéchuménat prépare à recevoir le don de Dieu dans le baptême. Dans la tradition catéchuménale, la remise du Symbole de la foi et du Notre Père sont des éléments importants de la célébration du baptême: l´Église remet à ceux qui reçoivent le baptême l´essentiel de leur foi et de leur prière. Le baptême est  signe efficace de l´accueil de la foi et de la vie nouvelle qu´elle implique: “Par l´intermédiaire du Christ, nous avons accès au Père en un même esprit” (Ep 2,18). Ou encore, ce qui revient au même: nous mettons en Dieu notre confiance parce que nous sommes devenus fils. La preuve en est que: “Dieu a envoyé dans nos coeurs l´Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père!” (Ga 4,6).
21. Dans les circonstances actuelles, la croissance dans la foi des baptisés requiert une catéchèse d´inspiration catéchuménale. C´est sous cette forme que l´a proposée Paul VI: ”Sans qu´il soit nécessaire en aucune manière de diminuer l´attention portée à la formation des enfants, on observe depuis un certain temps que les conditions actuelles rendent chaque jour plus urgent l´enseignement catéchétique sous la forme d´un catéchuménat qui s´adresse à un grand nombre de jeunes et d´adultes qui, touchés par la grâce, découvrent peu à peu la figure du Christ et ressentent le besoin de se consacrer à lui” (EN 44). Et de fait, bien des baptisés sont “de vrias catéchumènes” (Jean Paul II, CT 44).
22. Les enfants ne sont pas baptisés dans une foi personnelle, mais dans la foi de la communauté chrétienne. Par la suite ils doivent, peu à peu, personnaliser leur foi s´ils veulent que le baptême signifie quelquechose dans leur propre vie. Bien entendu, il convient de respecter leur liberté: “Laissez les enfants s´approcher de moi, ne les en empêchez pas”, dit Jésus lui-même (Mt 19,14). Dans certains milieux, il conviendrait d´ajouter: ne le leur imposez pas. Les témoignages les plus anciens de la pratique du baptême des enfants datent du IIIº siècle; il ne doit pas constituer un acte routinier et, pour autant, la question que l´on doit se poser est la suivante: quelles garanties existe-t-il de ce que l´enfant va être élevé dans la foi?
23. Et les enfants qui meurent sans être baptisés? Dans le passé, on leur a appliqué (de façon erronée) les mots de Jésus à Nicodème: “Celui qui ne naît pas de l´eau et de l´esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu”. De nos jours, cette application ne peut être maintenue: “Dieu veut que tous les hommes se sauvent” (1 Tm2,4); les enfants n´ont pas commis de péché personnel, ils sont l´objet de la prédilection divine (Mt 18,10); ils sont, eux-aussi, “enfants de Dieu, étant enfants de la résurrection” (Lc 20,36).
* Dialogue: Vivons-nous le sens profond du baptême?