57. UN SACERDOCE NOUVEAU. Faire ta volonté

Création : lundi 7 avril 2014 Mis à jour : lundi 15 septembre 2014

57.  UN SACERDOCE NOUVEAU
 Faire ta volonté


1. Au coeur du judaïsme conventionnel de son temps, Jésus apparaît  comme un prophète laïc (Mt 21,23-27;Lc 24,19), habillé normalement, comme tout le monde (Jn 19,23). Cela peut paraître choquant; et pourtant, comme le dit l´Écriture: “S´il était sur la terre, il ne serait pas même prêtre” (Hb 8,4). Il n´est pas prêtre du sacerdoce lévitique, mais il est prêtre pour toujours; d´une autre manière, selon qu´il est écrit: ” Tu es prêtre à jamais, à la manière de Melchisédech” (Ps.110; Hb 7,17). Et aussi: “Tu n´as voulu ni sacrifices ni holocaustes; mais tu m´as préparé un corps... Alors j´ai dit: Voici, je viens pour faire ta volonté” (Ps 40; Hb 10,5-7). De nos jours, la figure du prêtre se trouve-t-elle en crise? Quelles sont les questions les plus importantes  qui se posent à ce sujet? Convient-il de réviser la tradition à la lumière de l´Écriture?
2. Jésus est “le bon pasteur”  (Jn 10,11). Et cependant, quand il évangélise, il n´est pas seul: il partage sa mission. Il y a les Douze, (Mt 10,1), il y a les soixante-douze (Lc 10,1), il y a les femmes qui accompagnent Jésus (8,1-3): c´est à dire la communauté des disciples. Celle-ci constitue sa nouvelle famille: “Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique” (Lc 8,21). L´Évangile, le comprennent justement ceux qui paraissaient ne pas pouvoir le comprendre: les “petits” (Mt 11,25). Au milieu de la vigne dévastée, Jésus plante un cep, la communauté fraternelle (Jn 15). Les Douze doivent suivre son exemple: non pas en cherchant à être servis, mais en servant: “ Celui qui veut être grand parmi vous,  qu´il se fasse le serviteur de tous” (Mc 10,43). Dans le groupe des Douze, Pierre occupe une place spéciale (Mt 16,18; 18,18; Jn 21,15-17). La communauté vit au milieu du monde et, lors de son dernier repas, Jésus prie ainsi pour les disciples: ”Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal” (Jn 17,15).
3. Jésus est prêtre d´une nouvelle manière. Accomplir la volonté de Dieu, celle qui est manifestée dans sa parole, tel est le sacrifice du nouveau sacerdoce de Jésus: “ C´est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit: “Tu n´as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m´as façonné un corps. Tu n´as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors, j´ai dit: Voici, je viens, car c´est de moi qu´il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté”(...); il abroge le premier régime pour fonder le second” (Hb 10,1-9). Tout prêtre offre tous les jours les mêmes sacrifices, et ceux-ci ne peuvent effacer les péchés. Mais avec le Christ, tout change: les anciennes barrières sont supprimées, s´ouvre pour nous “un chemin nouveau et vivant, inauguré pour nous” (Hb 10,20), Jésus partage sa mission, il associe le peuple à son sacerdoce. Le nouveau temple, c´est le corps ressuscité du Christ (Jn 2,19-21) qui se rend présent de bien des manières mais, tout spécialement, dans la réunion de la communauté.
4. Jésus est médiateur d´une nouvelle alliance, alliance écrite non pas sur des tables de pierre, mais dans nos coeurs: ”Tout grand-prêtre, en effet, est établi pour offrir des dons et des sacrifices; d´où la nécessité pour lui aussi d´avoir quelquechose à offrir. Si Jésus était sur terre, il ne serait pas même prêtre, puisqu´il y en a qui offrent les dons conformémemt à la Loi. Ceux-là assurent un service qui n´est qu´une copie et qu´une ombre des réalités célestes (...). Mais à présent, le Christ a obtenu un ministère d´autant plus élevé que meilleure est l´alliance dont il est le médiateur (...). Car si cette première alliance avait été irréprochable, il n´y aurait pas eu lieu de lui en substituer une seconde (...). En disant : alliance nouvelle, il rend caduque la première” (Hb 8,3-13).  
5. Jésus compte sur la médiation de la communauté; c´est à dire qu´il associe la communauté à son sacerdoce. La communauté est le milieu le plus sensible dont nous disposons pour écouter la parole de Dieu, reconnaître la présence du Christ, percevoir l´action de l´Esprit. Elle est la piscine de Siloé, où l´aveugle de naissance guérit de sa cécité originelle (Jn 9,7). Elle est le lieu où Paul, aveuglé par la lumière du Seigneur sur le chemin de Damas, récupère la vue et récupère ses forces (Ac 9,3-19). Elle est le sein maternel dans lequel s´opère la gestation de l´homme nouveau “au moyen de la parole de Dieu vivante et permanente” (1P 1,23). La communauté est le corps du Christ, animé par l´esprit de Dieu: “Vous êtes, vous, le corps du Christ” (1 Co 12,27). Lui agit à travers vous.
6. Dans les premières communautés, il existe une diversité des services, et, entre autres celui de la direction et de la présidence (1 Th 5,12;1 P 5,1-2), mais jamais on n´appelle “prêtres” ses dirigeants; ceux-ci sont “ceux qui annoncent l´Évangile”. Les prêtres, qu´ils soient juifs ou païens, sont les “ministres du temple ou de l´autel” (1 Co 9,13-14). Or, d´une certaine manière, prêtres, le sont tous les Chrétiens: ”Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l´édification d´un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d´offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ” (1 P 2,5); “vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis,  fait pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière” (2,9).
Les premiers Chrétiens maintiennent leur identité au coeur de la société: ils ne croient pas aux dieux que les Grecs considèrent comme tels”, de même qu´ils n´observent pas “la superstition des Juifs” (1,1), est-il dit dans la Lettre à Diognète, au milieu du IIº siècle. Au cours des premiers siècles, l´Église ne présente pas les traits qui sont spécifiques de ceux  d´une église établie: prêtres, temples, représentations, autels. C´est pour cette raison que les premiers Chrétiens sont accusés d´impiété et qu´ils sont poursuivis au cri de: “Mort aux athées!”. Vers l´an 300, Arnobius écrit: ”Avant tout, on nous accuse d´impiété, parce que nous ne construisons pas de temples, nous n´érigeons pas de statues, nous n´installons pas d´autels”.
8. Les premières communautés chrétiennes ont leurs dirigeants: apôtres et anciens (Ac 15,23), prophètes et docteurs (13,1;2P 3,2), évêques et diacres (Ph 1,1). On parle aussi d´évangélisateurs et de pasteurs (Ep 4,11). Les termes ne sont pas encore fixés , ils ne correspondent d´ailleurs pas non plus aux termes actuels. Les différents services ne font leur apparition que peu à peu, selon les lieux et les besoins. Il y a aussi des femmes qui prophètisent (Ac 21,9) et qui assument la fonction de diacres (Rm 16,1). Les Douze apparaissent, dans la communauté chrétienne, comme un groupe spécial: ils garantissent la continuité de la mission de Jésus et organisent la vie de la communauté (Ac 2,42;8,14-17). Lors du choix de Matthias, Pierre établit les conditions que doit présenter un apôtre: avoir accompagné Jésus depuis le début, et être témoin de sa résurrection (1,21-22).
9. Dans la communauté de Jérusalem, aux côtés des apôtres, Jacques, le “frère du Seigneur”, apparaît comme le grand dirigeant entouré d´un Conseil d´anciens, selon le modèle des synagogues juives (15,13.22). Chez les Chrétiens de langue grecque (Ph 1,1;1 Tm 3,1.8), on utilise des termes de caractère général: inspecteurs (évêques) et serviteurs (diacres). Dans la communauté de Jérusalem, sont aussi choisis les Sept qui s´occupent du secteur grec de la communauté (Ac 6,2). C´est à ce groupe qu´appartient Étienne, le premier des martyrs, accusé de “tenir des propos contre ce saint Lieu  et contre le Loi” (6,13); et de ce même groupe naîtra la communauté d´Antioche, catéchisée par Barnabé et Paul (11,25-26).
10. Les apôtres reconnaissent la grâce concédée à Paul (Ga 2,9): c´est des mains du Christ lui-même qu´il a reçu le ministère (1Tm 1,12). À son tour, Paul laisse Timothée en Grèce (1 Tm 1,3) et Tite en Crète (Tt 1,5). Les communautés locales se distinguent des collaborateurs personnels de Paul, il choisit ces derniers avec un soin tout particulier (Ph 2, 19-24). À côté des grandes communautés –comme Jérusalem ou Antioche-, on trouve les petites communautés (1 Co 16,19) dont la direction pouvait incomber à  un chef de famille, homme ou femme (Rm 16,3-5;Col 4,15). À Philippes, la communauté commence par un groupe de femmes (Ac 16,12) qui y joue   un rôle prédominant (16,15;Ph 4,2).     
11. Nous lisons dans les lettres pastorales que, au moyen de l´imposition des mains, choix effectué par un conseil d´anciens et par la parole d´un prophète, sont inclus parmi les ministres ou les dirigeants certains chrétiens en qui les membres de la communauté ont vu une grâce du Seigneur (1 Tm 4,14;Ac 14,23). À l´origine, l´imposition des mains signifie choisir quelqu´un en levant la main. Il existe certains critères pour l´élection: on considère normal que ces dirigeants soient mariés, pères de famille, qu´ils aient démontré bien savoir mener leur maison et élever leurs enfants (1 Tm  3,1-13;Tt 1,5-9). En ce qui concerne Paul, il renonce à une vie conjugale en toute liberté, afin de se mettre au service de l´Évangile, sans critique aucune pour les autres. Chacun a sa grâce: certains d´une manière, d´autres d´une autre (1 Co 7,7.25;9,5).
11. À la fin du Iº siècle, Saint Clément Iº, dans sa première lettre aux Corinthiens, écrit que que les apôtres “au fur et à mesure qu´ils annonçaient  la bonne nouvelle dans les lieux et les villes, et qu´ils baptisaient ceux qui obéïssaient aux desseins de Dieu, établissaient ceux qui étaient la fine fleur d´entre eux comme évêques et diacres de ceux qui devaient devenir croyants” –après les avoir évalués dans l´Esprit- (42,4). Le document appelé Doctrine des Apôtres (peut-être composé au Iº siècle) parle de prophètes et de maîtres. Des prophètes, il dit: “Eux sont vos grands-prêtres” (13,3). Il dit aussi: “Choisissez-vous des évêques et des diacres (...) parce qu´eux aussi vous administrent le ministère des prophètes et des maîtres” 15,1). Dans les lettres que Saint Ignace d´Antioche écrit sur le chemin de son martyre (vers l´an 107), dans chaque communauté apparaît un évêque, celui-ci assisté par  des anciens et des diacres. En ce qui concerne l´Eucharistie, il dit que “seule peut être tenue pour valide celle qui est célébrée par l´évêque; ou par celui qui en a reçu de lui l´autorisation” (Esm.8,1).
13. Dans l´Église ancienne, chaque communauté participe au choix de ses dirigeants. Cyprien réclame ce droit face au pape Étienne lui-même: “Qu´on n´impose pas au peuple un évêque qu´il ne souhaite pas” (Ep. 4,5). Ainsi dit Saint Léon le Grand: “Celui qui a la présidence de tous doit être choisi par tous”. Et aussi: “On ne doit ordonner prêtre personne à l´encontre du désir des Chrétiens et sans les avoir expressément consultés sur le sujet” (Ad Anastasium). Dans la chrétienté primitive, on ne connaissait pas les paroisses; chaque communauté avait son évêque et chaque évêque avait sa communauté.
14. Nous allons voir le choix comme évêque de Smyrne de Saint Polycarpe (mort martyr à 86 ans, en 155). Les évêques des villes voisines ayant été convoqués sans retard, il accourut aussi une grande foule des villes et des villages avoisinants. Après une longue oraison, Polycarpe se leva pour faire la lecture. Tout le monde était attentif à lui: “C´était la lecture des lettres de Saint Paul à Timothée et à Tite, dans lesquelles l´Apôtre dit comment doit être l´évêque;  et le passage s´adaptait tellement bien à lui que tous se disaient l´un à l´autre qu´il ne manquait à Polycarpe aucun des points que Paul exigeait de ceux qui sont appelés à assumer la responsabilité de l´Église. À la suite de la lecture, de l´exhortation des évêques et de l´homélie des anciens, les diacres furent envoyés au peuple pour demander qui on voulait pour évêque, et tous, à l´unanimité, répondirent: “Polycarpe, que lui soit notre pasteur et notre maître”. Toute l´assemblée ecclésiale tomba d´accord sur ce point et l´éleva à la dignité d´évêque; et ce, malgré un grand nombre de supplications de sa part et malgré sa volonté de renoncer à cette charge” (Appendice, 22-23). D´après Saint Irénée, Polycarpe “racontait ses entretiens avec Jean et avec  d´autres qui avaient connu le Seigneur” (Lettre à Florin, IIº siècle).   
15. Le canon nº 6 du concile de Chalcédoine (en 451) -qui resta en vigueur jusqu´au XIIº siècle- traduit en termes juridiques la conception et la pratique du ministère dans l´Église primitive: il déclare nul et non avenue l´ordination absolue, c´est à dire l´ordination d´un candidat non lié à une communauté: “Personne ne peut être ordonné de manière absolue, ni comme prêtre ni comme diacre (...) s´il n´a pas, assignée à sa charge, une communauté locale dans une ville ou à la campagne, dans un martirium (sépulture d´un martyr vénéré) ou dans un monastère” (PG 104,558).
16. À partir du IIIº siècle, on parle dans l´Église d´ordination pour désigner l´incorporation d´un chrétien à l´ordre des ministres. Dans le monde romain, ce terme était utilisé pour désigner la nomination
des fonctionnaires impériaux. Par l´édit de Milan (en 313), Constantin déclare la tolérance du culte chrétien. Les prêtres chrétiens deviennent l´équivalent des prêtres païens , ils reçoivent une aide économique de la part de l´État, et le dimanche devient jour de repos pour la société tout entière. Avec l´édit de Thessalonique (380), Théodose proclame le christianisme religion officielle de l´État; l´empereur intervient et interfère dans les affaires de l´Église et les évêques obtiennent le rang de fonctionnaires et les privilèges qui y sont attachés. Sont introduits dans la liturgie des éléments auxquels on répugnait antérieurement, car ils rappelaient le culte païen: l´usage de l´encens et des cierges à la place des lampes à huile, de l´autel au lieu de la table, de temples et non de salles de réunion, des vêtements liturgiques au lieu d´une tenue normale. Les évêques sont des grands-prêtres ; les anciens, des prêtres de deuxième ordre ou simplement des prêtres (ss.IV-V).
17. On est à une époque où la tension primordiale ne s´établit plus entre l´Église et le monde (Rm 12,2), mais entre le clergé et les laïcs. L´Église se conçoit comme une institution investie de pouvoir (hiérarchie) face au peuple chrétien réduit à une masse sans compétences. Le pape Gelase I (492-496) définit cette situation avec sa doctrine des deux pouvoirs: le sacerdoce et l´empire. En Occident, face à la puissance des invasions nordiques, l´Église est l´unique institution qui survit. Le clergé monopolise l´éducation et la culture. En conséquence de quoi, le laïc a de moins en moins de formation et, lui qui ne comprend même pas le latin, il peut d´autant moins suivre la liturgie et s´en tient désormais à une fonction d´auditeur silencieux. Le cléricalisme entre en action.
18. Au IVº siècle, déjà, en réaction au paganisme ambiant, surgit la tradition ascétique de l´état monacal. Les organisateurs de cette forme de vie furent: en Orient, l´Égyptien Pacôme (mort en 346) et Basile de Césarée (mort en 379); et en Occident, Ambroise (mort vers 379), Augustin (mort en 430) et surtout, Benoît de Nursie (mort vers 560). La façon de vivre typiquement chrétienne de l´église primitive, l´appartenance à l´Église en tant que membre, ce n´est plus ce qui compte; on arrive à une époque où ce qui compte désormais, c´est de se libérer du monde, des possessions terrestres, et du mariage. Le clergé s´éloigne de la vie normale et forme son propre état de vie avec son immunité, ses privilèges et sa tenue propre. Conformément au décret de Gracien (1142), la première catégorie des états de l´Église est formée par les prêtres et les moines; et la deuxième par ceux qui vivent dans le siècle.
19. En 1179, s´établit une rupture avec l´ancienne conception de Chalcédoine et ce qui compte devient le profit: “On ne peut ordonner personne dont la subsistance n´est pas garantie” (Troisième concile de Latran, canon 5). La structure féodale de la société conditionne la figure du ministère. Le lien ecclésial du prêtre se transforme en dépendance à l´égard du seigneur féodal -qui peut être ecclésiastique ou civil- et qui est celui qui garantit le bénéfice. Simultanément, les nouvelles conceptions du droit amènent à faire une distinction d´après laquelle tout prêtre ordonné possède en personne la fonction sacerdotale ( pouvoir de l´ordre), même dans le cas où il n´a pas une communauté à sa charge ( pouvoir de juridiction).   
20. Peu à peu, s´imposent des pratiques qu´on n´aurait pu imaginer dans l´église ancienne: par exemple, la messe privée, sans communauté. Le prêtre se consacre  presque exclusivement  à dire des messes et les autels se multiplient dans les églises. Les lois de l´Ancien Testament sur le sacerdoce et la tradition monacale déterminent la figure médiévale du ministre; le signe distinctif du sacerdoce est sa relation avec le culte. Le prêtre devient quelqu´un qui est séparé du monde, des Chrétiens eux-mêmes, Et le célibat deviendra l´expression adéquate de cette séparation. C´est le prêtre, et non plus la communauté, qui devient médiateur entre Dieu et les hommes.
21. La loi du célibat fut promulguée de façon explicite sous l´Église latine  dans les canons 6 et 7 du IIº concile de Latran (1139).  Ladite loi fut le résultat d´une longue histoire depuis la fin du IVº siècle, époque jusqu´à laquelle il existait seulement une loi de continence pour le prêtre marié (charte du Pape Sirice en 385; DS 185): on y interdisait la relation sexuelle avant de recevoir la communion. Quand les églises occidentales commencèrent à célébrer l´eucharistie tous les jours, à la fin du IVº siècle, c´est alors que la continence des prêtres mariés se transforma en une situation permanente.
22. Le concile de Trente (1545-1563), en réaction à la critique des réformateurs, défend la législation ecclésiastique existante. Le ministre de l´Église est le prêtre et il est lui-même, surtout, l´homme des sacrements (DS 957). L´Ordre est un signe efficace qui introduit dans la hiérarchie ecclésiale, “il confère la grâce” (DS 959), il “imprime un caractère” (DS 960). Les évêques, successeurs des évêques, sont “supérieurs aux prêtres” (DS 960). Le diaconat devient seulement une étape vers le sacerdoce; l´institution des séminaires est alors décrétée. À une époque tombée dans le ritualisme, il convient de rappeler la nécessité de ce que le sacerdoce du Christ soit selon l´ordre de Melchisédech, car la perfection est rendue inaccessible “ par l´inutilité du sacerdoce lévitique” (D 938).
23. Le concile Vatican II (1962-1965) situe le ministère ecclésial dans le cadre de la communauté. C´est un service entre d´autres: “pour paître le peuple de Dieu et le faire croître toujours plus” (LG 18). Le ministère ecclésial est exercé sous ses différents aspects par ceux-là même qui, depuis toujours, s´appellent évêques, prêtres, diacres” (LG 28). Il existe une différence “d´essence et non pas de grade” entre le sacerdoce du ministre et celui de la communauté, bien qu´il y ait entre tous les différents baptisés “une véritable égalité” (LG 32).  Les évêques sont “successeurs des apôtres” (CD 2), ils ont “la plénitude du sacrement de l´ordre” (LG 21), ils ont reçu “le ministère de la communauté conjointement avec leurs collaborateurs; c´est à dire que, en collaboration avec les prêtres et les diacres” (LG 20) et, avec le pape -successeur de Pierre-, ils forment “un seul collège apostolique”.
  24. Vatican II donne sa juste valeur au célibat sacerdotal en tant que “source toute spéciale de fécondité spirituelle”; il reconnaît que: “ Il n´est point exigé par la nature même du sacerdoce, comme cela apparaît dans la pratique de l´Église primitive et dans la tradition suivie par les Églises orientales”; et néanmoins, il confirme la législation en vigueur dans l´Église latine (PO 16). Bien entendu, le célibat (assumé comme imitation à la suite du Christ) est une option radicale par laquelle le disciple se met pleinement à la disposition du service de l´Évangile (Mt 19,12); maintenant, si le Christ a confié le ministère apostolique à des hommes mariés (et non mariés) et que les apôtres, à leur tour, ont fait de même, c´est de cette manière que doit agir l´Église. Et c´est ainsi que le formule Saint Paul -même s´il manifeste quelles sont sa position personnelle et sa préférence-: “En ce qui concerne le célibat, je n´ai pas d´ordre du Seigneur” (1 Co 7,25).   
25. D´après le Droit Canon de 1983, “seul l´homme baptisé peut recevoir de façon valide la sainte ordination” (c. 1024). Le Catéchisme de l´Église Catholique l´explique ainsi: “Le Seigneur Jésus fit le choix d´hommes pour former le collège des douze apôtres, et les apôtres firent de même lorsqu´ils choisirent leurs collaborateurs” (n. 1577). Et cependant, dans le dialogue oecuménique, on affirme de plus en plus qu´il n´existe aucune raison théologique pour exclure la femme du ministère de l´ordre, depuis la perspective  de la dignité humaine et chrétienne que l´homme et la femme ont en commun : en Christ, “il n´y a ni Juif ni Grec, il n´y a ni esclave ni homme libre, il n´y a ni homme ni femme” (Ga 3,29). En 1972, l´Église Anglicane a approuvé l´ordination des femmes. Les Presbytériens l´avaient fait dans les années cinquante et les Luthériens vers 1970.

  *Dialogue: la figure du prêtre se trouve-t-elle en crise? Quelles sont les questions les plus importantes qui se posent à ce sujet? Convient-il de réviser la tradition à la lumière des Écritures?