58. LE VIN NOUVEAU. Faites ce qu´ll vous dira

Création : lundi 7 avril 2014 Mis à jour : lundi 15 septembre 2014

 58. LE VIN NOUVEAU
 Faites ce qu´ll vous dira


1. L´expérience de l´Évangile rend tout nouveau: nouvelle création, nouvelle naissance, nouveau temple, nouveau sacerdoce. Le vin, lui-aussi, est nouveau. Après l´appel des premiers disciples, Jésus assiste à un mariage à Cana, en Galilée (Jn 2). Le mariage est célébré conformément aux usages et aux coutumes de la tradition juive; c´est un événement familial et privé, il n´est pas célébré à la Synagogue. Et cependant, comme tout se qui se fait en Israël, il a une dimension religieuse qui inclut la prière et la bénédiction (cf, Gn 24 et Tb 7,9,10). Parmi les invités, se trouvent la mère de Jésus et Jésus lui-même, accompagné de ses disciples. À ce mariage, est servi le vin nouveau de l´Évangile. Que signifie donc cela?
2. Ce passage ne peut être compris au pied de la lettre. Son vrai sens se situe plus en profondeur: il contient des symboles que nous devons interpréter et un signe de l Évangile que nous pouvons vivre. Ceci étant dit, quoi qu´il en soit, dans ce mariage, il manquait quelquechose d´important: “Comme ils n´avaient plus de vin, car le vin de la noce était épuisé, Jésus dit à sa mère: Ils n´ont plus de vin”. Que peut supposer cette situation? Le vin est symbole de fête (Is 25,6), de joie (Ps 104,15), d´amour. Dans le Cantiques des Cantiques, ainsi parle la fiancée: “Tes amours sont plus délicieuses que le vin” (1,2);  “je te ferais boire un vin parfumé” (8,2). De plus, le vin est le symbole de la sagesse de Dieu: “Je suis comme une vigne aux pampres pleins de grâce, et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse” (Si 24,27; voir Jn 1,17). D´une manière toute spéciale, le vin est le symbole de l´Évangile; Jésus offre la vraie connaissance de Dieu, “le don de Dieu” (Jn 4,10). D´après Origène (185-254): “Avant Jésus, l´Écriture était de l´eau, mais depuis le temps de Jésus, elle s´est transformée en vin pour nous” (in Johannem 13,62).
3. Marie perçoit la nécessité : ils n´ont pas de vin. “Qu´avons-nous à voir dans cela, toi et moi? Mon heure n´est pas encore venue”. La réponse de Jésus reflète une certaine tension qui apparaît à d´autres moments (voir Mc 3,33), elle semble rejeter une demande qu´il considère considère inopportune. Mais la nouveauté qu´apporte Jésus a son heure, sur laquelle lui ne veut pas anticiper, une heure qui comporte ses risques. Et cependant, sa mère suit son idée et dit aux serviteurs: “Faites tout ce qu´il vous dira”. Le problème peut être résolu, les serveurs (serviteurs) prêteront leur collaboration.
4. L´endroit où se célèbre le mariage paraît approprié pour la célébration: “Or il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs,  contenant chacune deux ou trois mesures (cent litres chacune, à peu près, NDT) . Les jarres sont, à peu près comme la tradition, inamovibles, de pierre (cf. Ezéchiel, 36,26); elles ont chacune une grande capacité et elles sont destinées à la purification des Juifs.  Comme nous le savons, les Pharisiens et les scribes le reprochent à Jésus: “Tes disciples mangent avec des mains impures, c´est à dire sans se laver les mains”; “les Juifs ne mangent pas sans s´être lavé les mains jusqu´au coude, ancrés dans la tradition des Anciens” (Mc 7,1-5). Donc, les jarres sont vides: il ne s´agit pas seulement d´une question d´hygiène, il s´agit d´une question de morale. La nécessité de purification procède de la conscience d´impureté et d´indignité créée par la tradition. Cette obsession de l´indignité humaine apparaît parfois avec la pratique de la confession avant le mariage; le nouveau Rituel du Mariage (1990) recommande aux fiancés de recevoir, si cela est nécessaire, le sacrement de la Pénitence (n.18).
5. Jésus leur dit: ”Remplissez d´eau les jarres”; et ils les remplirent jusqu´au bord; maintenant peut se laver qui veut. Quand il fait remplir les jarres, Jésus indique que ce qu´il apporte, c´est la vraie purification. Mais il ne le fait pas avec de l´eau qui, comme avec la loi, reste à l´extérieur, il le fait avec du vin qui réjouit le coeur de l´homme.  Il change l´eau en vin: “Puisez maintenant et portez-en au maître du repas”. Surpris par la qualité du vin et ignorant d´où il provenait, celui-ci dit au marié: “Tous servent d´abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu´à présent!”. Le maître du repas reconnaît alors que maintenant le vin est bon, mais il ne sait pas d´ où il vient; il pense qu´il provient de la cave du marié et il ne comprend pas pourquoi il ne l´a pas sorti avant.
6. Les disciples perçoivent le signe: “C´est de cette manière, à Cana  de Galilée, que Jésus commença ses signes, et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui”. Les disciples perçoivent, au cours de ce mariage, ce que Jésus apporte de nouveau et le signe continue à être actuel. Nous pouvons célérer un mariage avec le vin d´avant, qui n´est pas bon et qui se termine au milieu du banquet. Nous pouvons nous voir renvoyés “aux jarres des purifications” qu´il nous faut, peut-être, remplir d´eau. Et enfin, nous pouvons voir la transformation de l´eau de la tradition en vin de l´Évangile.
7. Avec ce premier signe, Jésus dénonce, dès lors, les vieilles institutions. Le vin nouveau de l´Évangile a un effet révulsif sur les les vieilles outres; il fait éclater les peaux anciennes. Jésus le dit: “Personne ne met du vin nouveau dans des outres vieilles; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, et il se répandra et les outres seront perdues. Mais du vin nouveau, il faut le mettre dans des outres neuves” (Lc 5,37-38). Jésus change l´eau de la tradition en vin de l´Évangile; et les vieilles institutions font le contraire.  
8. Ce n´est pas un hasard si, dans le même chapitre, se trouve la purification du temple, symbole de l´ordre religieux ancien. Le vieux temple est accusé: ”Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce”. Et ses disciples se souviennent de ce qui est écrit: “Le zèle pour ta maison me dévore” (Ps 69). Les Juifs le disent: “Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi?”. En réalité, le vieux temple n´est pas seulement  accusé, il est remplacé. Le nouveau temple, c´est le corps de Jésus: “Tu ne voulais ni sacrifices ni offrandes, mais tu m´as préparé un corps (...). Voici, je viens pour faire ta volonté” (Ps 40). Jésus répond aux Juifs: “Détruisez ce sanctuaire et, en trois jours, je le reconstruirai”.  Le sujet est distorsionné et se transforme en motif d´accusation contre Jésus (Mt 26,61), alors que Jésus parle du sanctuaire qu´est son corps. L´accusation du vieux temple a un prix: le temple qu´est son corps sera détruit, mais lui le relèvera “en trois jours”: “Quand il ressuscita d´entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu´il avait dit cela, et ils crurent dans les Écritures et dans les paroles que Jésus avait dites”.
9. Le jeûne est un exemple de plus du vieil ordre religieux. Quand les Pharisiens et leurs scribes le harcèlent parce que ses disciples ne jeûnent pas, Jésus leur répond: “Mais pouvez-vous demander aux compagnons du marié de jeûner pendant que l´époux est avec eux? Viendront des jours où le marié leur aura été enlevé et alors, à ce moment-là, ils jeûneront” (Lc 5,34-35). Nous sommes invités à un repas de noce, et cela, les rabat-joie ne le comprennent pas. L´Évangile est un vêtement nouveau, et il ne peut être utilisé pour racommoder l´ancien; ce vin est un vin nouveau, et il fait éclater les vieilles outres d´avant. Or le vin de l´Évangile n´est pas du goût de ceux qui préfèrent le vin vieux de la Loi; il y en a qui disent: c´est le vieux qui est bon, ils préfèrent le vieux (5,36-39).
10. En ce qui concerne le mariage, les premiers chrétiens se marient comme tout le monde, mais “dans le Seigneur” (1 Co 7, 39), ils accueillent la vie qui naît et ils ne commettent pas l´adultère: “Ils se marient comme tout le monde; comme tout le monde, ils engendrent des enfants, mais ils n´exposent pas dans la rue ceux qui naissent. Ils partagent leur table, mais pas leur lit (A Diognète 5,6-7). Tertullien (environ 160-220) proclame la grâce de se marier dans le Seigneur: “Comment pourrions-nous rendre compte du bonheur si grand qu´est celui d´un mariage de cette sorte: un mariage que l´Église unit, un mariage que l´offrande confirme, un mariage que la bénédiction oint, que les Anges anoncent, que le Père ratifie?” (Ad uxorem II 8,6.79).

* Dialogue: Comprenons-nous ce passage? Interprétons-nous les symboles? Percevons-nous le signe de l´Évangile? Est-ce le vin nouveau, celui que nous préférons?