60. FAITES RESSUSCITER LES MORTS. Celui qui croit n´est pas jujé

Création : samedi 12 avril 2014 Mis à jour : jeudi 12 juin 2014

 60. FAITES RESSUSCITER LES MORTS
  Celui qui croit n´est  pas jujé


1. Ceux qu´on appelait les “novissimi” sont devenus très vieux. En réalité, ils constituent une mauvaise nouvelle, qui remplit les gens de peur: mort, jujement, enfer et gloire. De plus, le purgatoire a été fréquemment présenté comme un enfer en plus petit. Il est vrai que, lorsqu´on parle de quelqu´un qui est mort, on formule ce souhait: “Qu´il soit dans la gloire”, mais cela ne va pas plus loin. Quelqu´un peut passer sa vie à aller à la messe, et mourir avec la peur de la mort et la peur du jujement. Et cependant, la résurrection maintenant (sans la repousser à la fin des temps!) est une partie de la bonne nouvelle de l´Évangile: “Les morts ressuscitent” (Mt 11,5). Jésus dit aux Douze: “Ressuscitez les morts” (10,8). La résurrection et le jujement sont “les oeuvres plus grandes encore que celles-ci” (Jn 5,20) que réalise Jésus déjà dans le temps présent. Or, il est dit: “Qui croit en lui n´est pas jujé” (3,18). Il convient de réviser la tradition à la lumière de de l´Écriture: “L´Écriture ne peut être récusée” (Jn 10,35), dit Jésus.

2. À l´époque de Jésus, nous trouvons différents points de vue. Les Sadducéens “disent qu´il n´y a pas de résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les Pharisiens professent l´un et l´autre”(Ac 23,8). Les Sadducéens sont partisans du pacte avec l´empire, ils pensent que Dieu abandonne le monde à son destin et que la résurrection est une nouveauté qui n´a aucun fondement. Marthe, la soeur de Lazare, répète ce qu´on lui a enseigné et qui, en réalité, lui est de bien peu d´aide: ”Je sais qu´il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour” (Jn 11, 24). Ce que Jésus annonce, c´est la nouveauté de l´Évangile: “Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s´il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?” (11,25-26). Aux Sadducéens, Jésus dit que ceux qui meurent “sont pareils aux anges”, qu´”ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection”. Que les morts ressuscitent, Moïse l´a indiqué dans l´épisode du buisson: “Le Dieu d´Abraham, le Dieu d´Isaac et le Dieu de Jacob “n´est pas un Dieu de morts, mais de vivants; tous, en effet, sont vivants pour lui” (Lc 20, 36-38).  Aussi bien à son époque qu´à la nôtre, elle est très répandue, l´erreur de Marthe: c´est à dire le déplacement de la résurrection au dernier jour de l´histoire des hommes. Les morts meurent pour les hommes, et non pas pour Dieu; pour lui, tous sont vivants. À la question qu´on lui a posée sur la manière dont les morts ressuscitent, la réponse de Saint Paul est la suivante: “On est semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel” (1 Co 15,44). Voir la catéchèse nº 7 Les morts resssuscitent.
3. La parole de Dieu crée et guérit, et aussi, elle fait ressusciter et elle juje. La résurrection et le jujement sont des oeuvres réservées à Dieu, ces “oeuvres encore plus grandes” que Jésus réalise déjà maintenant, au temps présent; oeuvres, de plus, que seul Dieu peut accomplir. “Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut. Car le Père ne juje personne; il a donné au Fils le jujement tout entier (...). En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m´a envoyé a la vie éternelle et ne tombe pas sous le jujement, mais il est passé de la mort à la vie” (Jn 5,21-24); “Qui croit en lui n´est pas jujé” (3,18). Tout cela est oublié, enfoui dans une vieille tradition qui insufle la peur de la mort et la peur du jujement. Il faut remettre les pendules à l´heure: ”En vérité, en vérité, je vous le dis, l´heure vient –et c´est maintenant- où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l´auront entendue vivront. Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d´avoir la vie en lui-même et il lui a donné pouvoir d´exercer le jujement parce qu´il est fils d´homme. N´en soyez pas étonnés, car elle vient l´heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront: ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jujement” (5,25-29).

4. Les prophètes annoncent le jujement de Dieu comme “le jour de la colère » (So 1,18), comme du feu, le feu de l´indignation. « Le Seigneur arrive dans le feu » (Is 66,15). Il est « comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs. Il viendra pour fondre et purifier l´argent. Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme or et argent » (Ml 3,2-3). Il jujera les nations dans la vallée de Josaphat (Dieu juje, Jl 4, 12). « Le jour vient, brûlant comme un four. Ils seront de la paille, tous les arrogants et malfaisants (...). Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera » (Ml 3, 19-20). Sont utilisées les images de Sodome et Gomorrhe (Gn 19,24-25), de Tophet –dans la vallée de la géhenne-, lieu de plaisir destiné à se convertir en un lieu d´horreur: « Et on sortira pour voir les cadavres des hommes révoltés contre moi, car leur ver ne mourra pas et leur feu ne s´éteindra pas » (Is 66,2).

5. Jean, le Baptiste, prend ainsi à parti Pharisiens et Sadducéens : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d´échapper ainsi à la Colère prochaine ? (...) Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres;  tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Pour moi, je vous baptise dans de l´eau en vue du repentir ; mais celui qui vient derrière moi (...) lui, vous baptisera dans L´Esprit Saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier; quant à la bale, il la consumera au feu qui ne s´éteint pas » (Mt 3, 7-12). Jésus utilise aussi d´autres expressions : perdre la vie (Mc 8,35), ne pas être reconnu (Mt 7,23), être jeté dans les ténèbres, dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents (22,13). « L´Écriture exprime cette réalité avec des mots horribles : ténèbres, grincements de dents, pleurs, feu. Bien qu´il ne soit pas nécessaire de prendre ces images comme une description matérielle, elles servent parfaitement, néanmoins, à exprimer l´horreur d´avoir perdu la finalité de sa propre existence » (NCA,460).

6. Pendant l´Exode, Dieu sauve l´opprimé et juje l´oppresseur. Le croyant, celui qui vit l´Évangile, n´a aucune raison de craindre le jour du Seigneur comme s´il s´agissait pour lui d´un jour de colère : « Car tel il est Lui, tels aussi nous sommes en ce monde » (1 Jn 4,17). Dans la prière des premiers Chrétiens, « Maranatha » (Ap 22,20) jaillit  du désir que le Christ vienne ; et cependant, dans le « Dies Irae » du Moyen Âge, c´est la peur du jujement qui domine. Quant aux Psaumes, les opprimés y guettent le jujement avec espérance : « Qu´il soit connu de tous» (Ps 79).  Rigoureux certes, est le jujement qui attend les scribes et les Pharisiens ((Mt 12, 38-42), les villes du bord du Lac qui ne se sont pas converties (11,20-24), la génération qui ne sait pas écouter les paroles de Jésus (11,16-19). Les nations seront jujées en fonction de l´attitude qu´elles auront adoptée « envers l´un de de mes frères, ces plus petits » (25,45). À Caïphe, Jésus répond : » À partir de maintenent, vous verrez le Fils de l´Homme assis à la droite de la Puissance et venant sur la nuée du ciel » (26,24) ; et aux Douze : « Vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour jujer les douze tribus d´Israël » (19,28).

7. Le jujement de Dieu ne fait pas de l´homme un innocent ou un coupable ; le jujement de Dieu met à jour cette situation: « Dieu n´a pas envoyé le Fils dans le monde pour jujer le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. Qui croit en lui n´est pas jujé ; qui ne croit pas est déjà jujé, parce qu´il n´a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et en ceci consiste le jujement: la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises » (Jn 3 17-19).

8. Jésus annonce la fin de ce monde qui passe ainsi que l´irruption du royaume de Dieu qui crée « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (Is 66,22). Cette génération, dit Jésus, ressemble à celle de Noé (Mt 24,37-39) et à celle de Lot (Lc 17,28-29) : elle vit le dos tourné à sa propre fin et les paroles de Jésus sont valables pour toutes les générations. La fin de chacun est personnelle et ne peut être transférée à personne d´autre : « Alors deux hommes seront aux champs : l´un est pris, l´autre est laissé ; deux femmes en train de moudre : l´une est prise, l´autre est laissée » (Mt 24,40). Jésus libère de « la peur de la mort » (Hb 2,15), car il annonce la résurrection pour la fin de la vie de chacun: « Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle et que je le ressuscite au dernier jour » (Jn 6,40). Jésus fait partager sa mission : « Ressuscitez les morts » (Mt 11,5), et nous pouvons donc collaborer avec lui, c´est à dire : « enlever la pierre », écouter la parole qui dit : « Viens dehors ! », et aussi : « Déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 39-44).

9. La fin est une dimension du monde présent et elle dispose de ses propres signes que nous pouvons discerner (Mt 24,32-33). Au coeur des signes (guerre, faim, peste, mort) qui annoncent à chaque époque sa propre fin, résonne cette bonne nouvelle : advienne ce qu´il advienne, c´est la victoire de Dieu qui s´imposera : « Quand tout cela commencera à arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche » (Lc 21,28). De même : « Ainsi vous, quand vous verrez cela, comprenez qu´Il est proche, aux portes » (Mt 24,33). Ce qui est très important, c´est d´être vigilants (24,42). Au vainqueur, il lui sera donné « un caillou, un caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit » (Ap 2,17), (c´est à dire une identité nouvelle, NDT).

10. Voici ce que nous lisons dans le Catéchisme de l´Église Catholique : « Nous ressusciterons au dernier jour » (n.1016), « à la fin du monde »       (n.1001; LG 48) ; ce qui ressuscite, c´est un « corps spirituel » (n.1017), « chaque homme, après sa mort, reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle sous forme d´un jujement personnel (...) que ce soit à travers une purification, ou pour entrer immédiatement au ciel, ou pour se condamner immédiatement pour toujours » (n. 1022). La résurrection des morts « précédera le Jujement final », et ce sera le moment où « tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix »(...). C´est alors que « le Christ viendra dans sa gloire, accompagné de tous ses anges (...) » (n.1038). L´enfer est un « état d´autoexclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux » (n.1033). « Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aux enfers immédiatement après leur mort et y supportent les peines de l´enfer » (n. 1035).