- APOCALYPSE. Ce que tu vois, écris-le dans un livre

Création : mercredi 7 mai 2014 Mis à jour : jeudi 12 juin 2014

 APOCALYPSE
 Ce que tu vois, écris-le dans un livre


1. L´apocalypse est difficile, énigmatique. D´une certaine manière, c´est un livre fermé que personne ne peut ouvrir (Ap 5,3). En voici quelques difficultés : les citations et allusions bibliques sont nombreuses (plus de 500) et les passages correspondants auxquelles elles renvoient se trouvent répartis dans toute l´Écriture ; les symboles sont constants et il faut les interpréter ; le langage utilisé en période de persécution est clandestin ; les textes de l´Ancien Testament doivent être lus dans l´esprit de l´Évangile ; un texte prophétique se doit d´être compris dans un contexte prophétique. Il convient d´écouter la parole de Dieu qui juje l´histoire humaine : sont nécessaires des communautés vivantes au sein desquelles l´Apocalypse peut être comprise et vécue aujourd´hui ; il nous faut reconnaître Jésus en tant que Seigneur de l´histoire humaine. Face à la diversité des manipulations, il est fondamental de l´aborder sous le point de vue qui convient : on ne va pas à Dieu par l´empire ; mais, bien au contraire, Dieu porte un jujement sur l´empire (comme dans le Pantocrator de San Clemente de Tahull, XIIº siècle).
2. Apocalypse signifie révélation faite par Dieu sur le sens de l´histoire. C´est un genre littéraire employé par les prophètes et spécialement développé pendant les deux siècles précédant le Christ. On le trouve dans Isaïe (Is 24-27), Ézéquiel (Ez 40-48), Zacharie (Za 9-14), Daniel (Dn 7), Mathieu (Mt 24-25), Marc (Mc 13), Luc (Lc 21), Pierre (2 P 3,10-13), Paul (1 Th 4,15-16 ; 2 Th 2,1-12 ; 1 Co 15,20-28 ; 2 Co 5,1-10).
L´Apocalypse accumule des symboles et, de plus, elle passe de l´un à l´autre. Ils demandent à être interprétés de la manière qui convient. Nous en donnerons des exemples : le Christ est « le lion de la tribu de Judas » (Ap 5,5), ce qui signifie que lui appartiennent « tout pouvoir, richesse, sagesse force » (5,12) ; l´agneau est « debout, bien qu´égorgé, portant sept cornes et sept yeux », cela signifie que le Christ est ressuscité malgré la mort et qu´il possède dans leur totalité (sept) le pouvoir et la sagesse ; le ciel inique l´endroit où se tient Dieu ; la terre, celui où habite l´homme ; la corne : le pouvoir ; la moisson et la vendange : le jujement de Dieu ; le mont Sion ou Jérusalem : le lieu où s´accomplit le salut ; les convulsions cosmiques symbolisent l´ébranlement des bases ; les trompettes : l´action de Dieu ; les animaux (agneau, lion, chevaux, sauterelles, scorpions, dragon, les deux bêtes) sont des réalités à identifier dans chaque cas précis, le nombre sept (ou encore chacun de ses multiples) indique la totalité ; néanmoins, la moitié de sept –trois et demi- les fractions ou un tiers indiquent une partie seulement, quelquechose de limité ; parmi les couleurs, le blanc symbolise la divinité, le noir la mort, le rouge le sang, etc.
4. L´auteur se présente ainsi : « Moi Jean, votre frère et votre compagnon dans la résistance, en Jésus » (1,9). Jean n´est pas un guérrillero violent qui s´oppose à l´empire, c´est un résistant, un militant du Royaume (Jn 18,36), un « prophète» (10,11; 22,6.9). Une tradition, déjà reprise par Justinien et amplement diffusée à la fin du IIº siècle (par Irénée, Clément d´Alexandrie, Tertullien, le Canon des Muratori), considère Jean comme l´auteur de l´Apocalypse. C´est Irénée (approximativement 140-202) qui identifie Jean comme le disciple bien-aimé (Adv. Haer.,III,1,2), l´un des apôtres (II,33,3) ; dans son enfance, il avait écouté Polycarpe (évêque de Smyrne, né en 69 et mort en 155) parler de ses contacts avec « Jean, le disciple du Seigneur » (III,3,4 ; Eusèbe, HE V, 20,5-6). Sous l´empire de Domitien, dit-il, « l´apôtre et évangéliste Jean qui vivait encore fut, pour avoir porté témoignage de la parole de Dieu, exilé à l´île de Patmos » (HE III, 18,1) ; « après la mort du tyran, Jean quitta l´île de Patmos pour Éphèse. C´est de là qu´il avait l´habitude de partir quand on l´appelait pour se rendre dans les régions voisines » ; il vécut « jusqu´à l´époque de Trajan » (98-117; HE III,23,3-6).
5. L´Apocalypse est écrite à une époque de persécutions contre l´Église naissante. La persécution de Néron (dans les années 64-67) se circonscrit à la ville de Rome ; mais sous l´empereur Domitien (de 81 à 96), la persécution s´étend aux provinces : dans la province romaine d´Asie, elle se produit en 95. L´empire romain succède aux monarchies mondiales qui légitiment leur pouvoir au moyen de symboles religieux. Le culte impérial --pièce maîtresse de l´unité de l´empire- commence dès la mort de Jules César et, en l´année 29, est édifié un temple en son honneur sur le lieu où avait été brûlé son corps. C´est surtout à partir d´Auguste que le culte impérial se développe : celui-ci en arrive à être « grand-prêtre » il se fait appeler « fils de dieu » (divi filius), « seigneur, notre dieu », et c´est ainsi qu´il apparaît sur les monnaies d´Orient. Auguste fit installer au milieu du forum romain sa propre représentation équestre et il avait une passion pour les cérémonies spectacuaires. Tous les quatre ans, se déroulaient de coûteux «jeux du Capitole » , il se fit proclamer empereur vingt-deux fois,  organisait des processions grandioses à l´occasion de ses entrées triomphales dans les villes (tuniques blanches et couronnes de laurier), et ses condamnations à mort étaient précédées de la formule : « Il a été du gré du seigneur, notre dieu »... Un empereur-dieu ne peut se tromper.
6. L´Apocalypse est un message d´espérance au coeur des difficultés que les croyants rencontrent face à l´empire romain, « la bête » (Ap 13). Elle est une invitation à maintenir le témoignage chrétien face au scandale de la persécution. Pour réaliser son projet, Jean revient sur les grands thèmes prophétiques, en particulier sur celui du « jour du Seigneur » (Am 5,18). Les croyants, soumis au joug de l´empire du moment, attendent le jour où Dieu viendra libérer son peuple.
7. L´Apocalypse est une « prophétie » (1,3), révélation de Jésus, le Christ : « Dieu la lui concéda pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ; Il envoya son ange pour la faire connaître à Jean, son serviteur, lequel a attesté la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ » (1,1-2). À la fin, il est dit : «le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt (...). C´est moi, Jean, qui ai vu et entendu tout cela ; une fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de l´Ange qui m´avait tout montré, pour l´adorer. Mais lui me dit : « Non, attention, je suis un serviteur comme toi     et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre ; c´est Dieu qu´il faut adorer » (22,6-9 ; Tb 12). Et aussi : « Moi, Jésus, j´ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David »  (22,16 ;Is 11,1).
8. Jean salue « les sept Églises d´Asie », c´est à dire la totalité des Églises, « de la part de Celui qui est, qui était et qui vient » (c´est à dire Dieu, Ex 3,14), « de la part des sept Esprits présents devant son trône » (ce qui signifie la plénitude de l´Esprit et des dons, Is 11,2-4), et « de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d´entre les morts, le Prince des rois de la terre » (Ps 89). « Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père ; à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles ». Le Seigneur Ressuscité vient jujer, « voyez, il vient sur les nuées, chacun le verra ».      Comme s´il s´agissait d´une signature de ce qui précède, il est dit : « Je suis l´Alpha et l´Oméga, dit le Seigneur Dieu » (Ap 1,4-7 ; voir Dn 7,13 ;Za 12,10 ;Mt 26,64 et Jn 19,37).
9. Dans l´île de Patmos, un dimanche, alorsqu´il était en train de lire des passages d´Ézéchiel et de Daniel, Jean a une vision, une révélation (1 C0 14,26) : « Je tombai en extase, le jour du Seigneur, et j´entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l´envoyer aux sept Églises (...). Je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait ; et, m´étant retourné, je vis sept candélabres d´or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d´homme revêtu d´une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or. Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche, comme de la neige, ses yeux comme une flamme ardente, ses pieds pareils à de l´airain précieux que l´on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix das grandes eaux. Dans sa main droite, ila sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage, c´est comme le soleil qui brille dans tout son éclat. (...) Les sept étoiles sont les anges des sept Églises ; et les sept candélabres sont les sept Églises » (Ap 1,10-20 ; Dn 7,13 et 10,5-6 ; Ez 2,9 et 43,2).
10. Le Fils de l´homme, sacrifié par des pouvoirs de bêtes, apparaît au milieu des Églises. Ses attributs sont décrits au moyen de symboles : le sacerdoce (la tunique tissée), la royauté (la ceinture d´or), l´éternité (les cheveux blancs), la sagesse (les yeux ardents), la stabilité (les pieds de bronze), le pouvoir (la main droite), le jujement (la parole), la majesté (le soleil). C´est le Christ de la transfiguration. : « Je tombai à ses pieds, comme mort ; mais il posa sur moi sa main droite en disant : « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier,le Vivant; j´ étais mort et me voici vivant pour les siècles des siècles (...). Écris ce que tu as vu, le présent et ce qui doit arriver plus tard » (Ap 1,17-19).
L´Apocalypse s´adresse aux Églises, elle est destinée à être lue pendant la réunion de la communauté : « Heureux celui qui lit et heureux ceux qui écoutent ces paroles prophétiques » (1,3 ; 22,7). La communauté, si elle est vivante, doit écouter le « mystère de Dieu » (10,7) et le mystère de la Bête (17,5.7), « c´est ici qu´est la sagesse ! (13,18), « c´est ici qu´il faut un esprit doué de finesse ! » (17,9) ; la communauté doit découvrir le sens de l´histoire à la lumière de la parole de Dieu.

* Dialogue : L´Apocalypse est-elle actuelle ? Quelles difficultés rencontrons-nous ?