- LE LIVRE SCELLÉ. Ce qui doit arriver par la suite

Création : mercredi 7 mai 2014 Mis à jour : jeudi 12 juin 2014

LE LIVRE SCELLÉ
Ce qui doit arriver par la suite


1. L´Apocalypse révèle aussi « ce qui doit arriver par la suite » (Ap 1,1), c´est à dire l´épreuve qui va se produire, « la grande épreuve » (7, 14).  Jean a de nouveau une vision : cette voix qu´il avait entendue avant, comme une trompette, lui dit : « Je vais te montrer ce qui doit arriver par la suite » (4,1). Cela veut donc dire que la vision se situe avant ce qui doit arriver : Jean se trouvait-il encore dans l´île de Patmos ? De quelles dates parlons-nous ?
2. Quelques éléments. Hérode Agrippa (41-44) fit décapiter Saint Jacques, le frère de Jean et emprisonner Pierre (Ac 12,1-2) : libéré de la prison, celui-ci « s´en fut à un autre endroit » (12,17). Peut-être est-ce alors que Pierre commença son activité parmi les Juifs de la diaspora (1 P 1,1) et Jean la sienne en Asie (Ap 1,11). Jean, selon Eusèbe, «de là-bas, continuait à diriger les églises après être revenu de son exil dans l´île, à la suite de la mort de Domitien » (HE III 23,1). Eusèbe put avoir accès aux notes prises par le judéo-chrétien Hégésipe (mort vers 180) qui visita plusieurs communautés. Néanmoins, « une probable tradition «  situe la mort de l´apôtre Jean avant la persécution de Néron (id. note BAC). D´après Tertullien (vers 220), comme Pierre et Paul, Jean séjourna à Rome : « C´est là que l´apôtre Jean, après avoir été submergé dans de l´huile bouillante,... fut exilé dans l´île » (De praescripcione, 36,3). L´année 64, à la suite de l´incendie de Rome, marque l´extension du feu de la persécution dans toutes les directions (1 P 4,12). Est-ce alors que Jean fut exilé dans l´île de Patmos? Vers 48, Pierre et Jean participent au Concile de Jérusalem  (Ga 2,9) ; vers 62, Jacques, le frère du Seigneur, est lapidé ; en 62 aussi, les Perses remportent la victoire sur les Romains en Arménie. C´est pendant la persécution de Néron (67-70) que meurent Pierre et Paul, et bien d´autres encore. À la fin de la guerre des Juifs (67-70), Titus conquiert Jérusalem et le temple est détruit (Lc 19,42-44 ;21,6). La donnée selon laquelle Antipas, évêque de Pergame (Ap 2,13),  serait mort martyr en 92 aurait-elle été ajoutée postérieurement ?
3. Quoi qu´il en soit, Jean a la vision suivante : « Voici qu´un trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône,Quelqu´un...(Dn 2,28; Is 6,1 ; Ez 1,26-29 ; 10,1), (...) et un arc-en-ciel autour du trône (Gn 9,12-17)... Vingt quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de blanc avec des couronnes d´or sur leurs têtes (Is 24,23 ;Mt 19,28). Du trône, partent des éclairs, des voix et des tonnerres (Ex 19,16-19), devant lui brûlent sept lampes de feu, qui sont les sept Esprits de Dieu. Devant le trône, on dirait une mer, transparente comme du cristal » (Ap 4,2-5 ; Ex 24,10).  Les vieillards sont les dirigeants, ils sont glorifiés (1 Ch 24, 7-19 ; Lc 13,28-29 ; 22,30).
4. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants (littéralement, des animaux). Le premier est comme un lion ; le deuxième est comme un jeune taureau ; le troisième a comme un visage d´homme ; le quatrième est comme un aigle en plein vol. Ils portent chacun six ailes, sont constellés d´yeux tout autour et en dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit : « Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître-de-tout. Il était, Il est et Il vient » (Ap 4,6-8 ; 4,9-11 ; Ez 1,5-14 ; Is 6,2-3). Dans le langage des constellations, les quatre vivants sont les signes du zodiaque, mot qui signifie « roue des animaux ». Ils rappellent les « karibus » babyloniens. L´arche du Seigneur « siège sur les chérubins »  (1 S 4,4), de même que le Seigneur « siège sur les chérubins » dans les psaumes 80 et 99. Ceux-ci tirent le char de Dieu (Ez 1 et 10), son trône est mobile. Dieu parcourt toute la terre, il se déplace, il s´informe.
5. Celui qui était assis sur le trône tenait dans sa main droite un livre, écrit au recto et au verso (Ez 2,9), et scellé de sept sceaux. Personne  n´était capable d´ouvrir le livre et Jean pleurait beaucoup ; mais l´un des Vieillards lui dit : « Ne pleure pas. Voici : il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda (Gn 49,9), le Rejeton de David (Is 11,1-10): il ouvrira donc le livre aux sept sceaux ». Alors, Jean vit « debout au centre du trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre ». L´Agneau « s´approcha et s´en vint prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône » (Ap 5,1-7). De quel livre s´agit-il ? L´Agneau égorgé  (le Serviteur, Is 53,7) est « debout », ressuscité, « au centre du trône », vénéré, divinisé. Les quatre Vivants et les Vieillards se prosternent devant l´Agneau et chantent un cantique nouveau : « Tu es digne de prendre le livre et d´en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; tu as fait d´eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre ». Une multitude d´anges criait à pleine voix : « Digne est l´agneau égorgé de recevoir la la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l´honneur, la gloire et la louange ». Et toute créature répondait : « À Celui qui siège sur le trône ainsi qu´à l´Agneau, la louange, l´honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles ! » (Ap 5,8-13). Le cantique nouveau est une réplique au culte impérial.
6. Dans le songe de Daniel (Dn 7), sont jujées les bêtes qui soumettent la terre : « Des trônes furent installés et un Ancien s´assit (...). Son trône était flamme de feu, aux roues de feu ardent. (...). Le tribunal était assis, et les livres furent ouverts ». Les saints de Dieu vont jujer avec lui et, d´une manière spéciale, le Fils d´homme : « Voici, venait sur les nuées comme un Fils d´homme. Il s´avança jusqu´à l´Ancien et fut conduit en sa présence. À lui fut conféré empire, honneur et royaume ».
7. Quand l´Agneau ouvrit le premier sceau, apparut un cheval blanc : « Celui qui le montait tenait un arc ; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur ». Lorsqu´il ouvrit le deuxième sceau, surgit un autre cheval rouge-feu : « À celui qui le montait, on lui donna de bannir la paix hors de la terre et de faire que l´on s´entr´égorgeât ». Lorsqu´il ouvrit le troisième sceau, il y avait un cheval noir : « Celui qui le montait tenait à la main une balance, et j´entendis comme une voix (...) qui disait : « Un litre de blé pour un denier, trois litres d´orge pour un denier ». Lorsqu´il ouvrit le quatrième sceau, apparut un cheval verdâtre : « Celui qui le montait, se nomme la Mort » (Ap 6,1-8 ; Za 1,8-10 et 4,1-3 ; Lv 26,21-26 ; Ez 14,21 ; Mt 24,6-14). Le chevalier blanc évoque les armées perses avec leur arme spécifique, l´arc. Le cheval rouge évoque des guerres et des révolutions. Le cheval noir symbolise la faim : articles rationnés et prix exorbitants. Le cheval jaune-verdâtre évoque le cadavre qui se décompose : la peste, la mort : « La mort blafarde enveloppée d´un noir manteau, son cheval jaune chevauchant, la mort souveraine de l´histoire » (Unamuno, El Cristo de Velázquez, 1920).
8. Le monde va mal, de calamité en calamité. Au cours d´une réunion qui eut lieu à Rome en juin 2002, la FAO présenta aux pays riches la demande formelle  de constitution d´un fonds extraordinaire pour supprimer la faim dans le monde : il s´agissait de 50 000 millions de dollars par an. La réponse des pays riches fut qu´ils ne disposaient pas de ces fonds et, cependant, neuf mois plus tard (en mars 2003), on disposait de quatre fois plus pour financer la guerre en Irak. En 20 ans, la mer Méditerranée a englouti plus de 20 000 cadavres : ceux d´êtres humains fuyant la faim qui affecte 1 000 millions d´habitants dans le monde. Dans le film de Bergman « Le septième sceau » (1957), un chevalier des Croisades revient de Terre Sainte, fatigué et las de dix ans de vains combats. Après avoir traversé des terres dévastées par la peste noire qui sévit en Europe, il rencontre sur son chemin la mort qui le réclame : il lui propose alors une partie d´échecs, avec l´espoir de gagner du temps et de trouver des réponses aux grandes questions que pose la vie, comme le sont l´existence de Dieu et la mort.
9. Quand l´Agneau ouvrit le cinquième sceau, « je vis sous l´autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu (...). Ils crièrent d´une voix puissante : « Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice ? » (Ap 6,9-10 ; Ps 79). Quand l´Agneau ouvrit le cinquième livre, « il se produisit un violent tremblement de terre » (Ap 6,12-13 ; Mt 24,21-22 et 32-33). Avant que survienne le grand jour, il faut marquer au front ses serviteurs du sceau du Dieu vivant (Ez 9,7 ; Ex 12,7-13) : « cent quarante-quatre mille de toutes les tribus d´Israël » (Ap 7,2-4 ;  Nb 1,17-20) ; « après quoi, voici qu´apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer (Gn 15,5), de toute nation, race, peuple et langue ». « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve » (Dn 12,1). « L´Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux » (Ap 7,14-17 ; Is 49,10 ; 25,8).  Quand l´Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel d´environ une demi-heure... (So 1,7). « Les sept trompettes » vont sonner » (Ap 8,1-2 ; Jos 6,1-16).
10. Jésus le dit plus brièvement : «Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres ; voyez, ne vous alarmez pas : car il faut que cela arrive mais ce n´est pas encore la fin. On se dressera, en effet, nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l´enfantement. Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera ; vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom.(...) Celui qui aura tenu bon jusqu´au bout sera sauvé. Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations » (Mt 24,5-14). « Quand vous verrez Jérusalem investie, alors comprenez que sa dévastation est toute proche » (Lc 21,20). « Je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé » (21,32).

•    Dialogue : Que signifie « ouvrir le livre » ? Que va-t-il se passer ? Quand ? Où ?