- LA FIGURE DE JOB. en dialogue avec Dieu

Création : lundi 15 septembre 2014 Mis à jour : lundi 15 septembre 2014


LA FIGURE DE JOB
en dialogue avec Dieu


1. La figure de Job suppose une profonde réflexion à propos de la souffrance humaine. Peut-être écrit à l´époque de l´exil (vers 575), le livre de Job se compose de deux parties : un récit en prose (le prologue et la conclusion), et un corpus de poèmes (partie centrale) sous forme de dialogues. Il commence ainsi : « Il y avait jadis, au pays d´Uç, un homme appelé Job : un homme intègre et droit qui craignait Dieu et se gardait du mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés » (1,1-2). On situe Job à l´époque des Patriarches, au nord de l´Arabie. Il jouit d´une grande prospérité, il est juste (cf. Ez 14,14) et Dieu lui-même est fier de lui.
2. Mais Satan dit à Dieu : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? (...) Mais étends donc la main et touche à tout ce qu´il possède ; je gage qu´il te maudira en face ! » (2,4-5). « Soit ! dit Yahvé au Satan, tout ce qu´il possède est en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui » (1,12). Les bandits, le feu, l´ouragan s´abattent sur ses biens et sur ses enfants ; mais Job reste fidèle à Dieu : « Dieu avait donné, Dieu a repris : que le nom de Yahvé soit béni ! »(1,21). Mais Satan insiste : « Peau après peau. Tout ce que l´homme possède, il le donne pour sa vie ! Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair et je gage qu´il te maudira en face ! ». « Soit ! dit Yahvé au Satan, il est en ton pouvoir mais respecte pourtant sa vie » (2,6). Et Satan sortit de devant Dieu et frappa Job d´« un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu´au sommet de la tête ». Sa femme se rebelle contre Dieu, mais Job lui dit : « Si nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ? » (2,7.10).
3. Trois amis de Job (Éliphaz, Bildad et Çophar) ayant appris ce qui s´est passé, décident de lui rendre visite. En l´apercevant de loin, ils ne le reconnaissent pas et se mettent à pleurer... Pendant sept jours, aucun d´eux ne dit un mot, tant ils voient que la douleur est grande (2,11-13). C´est Job qui rompt le silence : il maudit le jour où il est né (3,11) et souhaite mourir (3,21) ; c´est un homme torturé, qui ne trouve ni la paix ni le repos (3,24-26).  
4. Les amis de Job professent la doctrine de la rétribution selon laquelle tout malheur est la conséquence d´un péché. Éliphaz dit à Job : « Si on t´adresse la parole, vas-tu le supporter ? » (4,2). Il croit  avoir reçu « furtivement » une parole, une voix au milieu des visions nocturnes qui agitent les pensées : « Un mortel est-il juste devant Dieu ? En face de son Auteur, un homme serait-il pur ? » (4,17 ; cf Ps 143,2). Job doit avoir confiance en Dieu ; ses maux sont une leçon douloureuse mais salutaire (5, 17-18 ; cf Gn 17,1).
5. Seul celui qui vit la souffrance sait ce qu´il souffre : « Voilà pourquoi les paroles me fuient » (6,3). Il éprouve du dégoût pour la nourriture (6,7), perd l´appui de ses amis (6,26-27), le temps passe lentement (7,4), la nuit est pleine de l´épouvante des songes et des visions (7,14). Et Job questionne Dieu : «  Si j´ai péché, que t´ai-je fait à toi ? » (7,20).
6. La maladie provoque chez le malade des réactions et des interrogations qui cherchent à déterminer la cause de ce qui s´est produit ; mais celles-ci trouvent difficilement une réponse. Pourquoi moi ? Pourquoi cette maladie ? Qu´ai-je fait pour mériter cela ? Et la justice de Dieu, où est-elle? L´accueil et la compréhension des réactions du malade sont à même de soulager le poids qui pèse sur le coeur meurtri. Et cependant, face à ceux qui déversent leurs souffrances en accusant Dieu, beaucoup se sentent appelés à prendre la défense de Dieu. En réalité, ils peuvent se transformer en consolateurs faux et inopportuns, comme c´est le cas des amis de Job (cf 8,2-7 ;11,2-6 ;15,2-8).
7. Job fait une confidence à ses amis : son cas n´est pas une exception et il n´est pas vrai que, sur la terre, celui qui est bon obtienne le succès et le mauvais, l´échec : « Pourquoi les méchants restent-ils en  vie ? » (21,7 ;cf Ps 73 et 37). On peut dire que Dieu les châtiera dans leurs enfants, mais Job croit que le coupable devrait payer personnellement (21,19).
8. Éliphaz, convaicu que Dieu châtie automatiquement, se lance dans accusations concrètes  (22,4-9). Job a commis des injustices ; en plus, il s´est moqué de Dieu en supposant que celui-ci ne les voyait pas. S´il reconnaît ses fautes, Dieu lui pardonnera (22,21). Job voudrait bien rencontrer Dieu et s´expliquer avec lui ; mais où le trouver ? « Si je vais vers l´orient, il est absent ; vers l´occident, je ne l´aperçois pas » (23,8 ; cf Ps 139,7-10). Dieu semble se désintéresser du monde, et c´est l´expérience quotidienne de bon nombre de gens (24,12;24,14-15).
9. Job évoque avec nostalgie les souvenirs de sa vie antérieure ; il affirme de nouveau sa rectitude et son bon-droit. D´eux provenaient sa prospérité et son influence d´antan : « C´était moi le père des pauvres ; la cause d´ un inconnu,  je l´examinais ». Maintenant, Job est objet de moqueries; rompu  par le malheur,  il n´est plus rien et il réclame de Dieu une réponse.
Élihu, qui n´avait pas été mentionné jusque là, intervient alors. Jusqu´à ce moment-là, il s´était maintenu en retrait car il est plus jeune que les autres, mais il se sent mû par une sagesse, une sagesse qui lui vient de Dieu. Il s´adresse ainsi à Job: « Comment ai-je pu de mes propres oreilles t´ entendre dire (...) : « Je suis pur, sans transgression » (...). Pourquoi lui (Dieu) chercher querelle puisqu´il ne te répond pas mot pour mot ? Dieu parle d´une façon, et puis d´une autre, sans qu´on prête attention. Par des songes, par des visions nocturnes, quand une torpeur s´abat sur les humains et qu´ils sont allongés sur leur couche ; alors, il ouvre l´oreille des humains, il y scelle les avertissements qu´il leur donne, pour détourner l´homme de ses oeuvres et protéger le puissant de l´orgueil. Il préserve ainsi son âme de la fosse » (33,8-18). Au coeur d´une souffrance justifiée, l´homme peut rencontrer l´intercession d´un « ange », d´un « médiateur », qui annonce à l´homme son devoir, le prend en pitié et puisse dire : « Exempte-le de descendre dans la fosse ; j´ai trouvé le rachat de son âme » (33,24). Une fois sauvé, Job cesse de vouloir avoir raison, il annonce aux autres la justice de Dieu et le chante parmi les hommes (33,27-28). Dieu est le Juste par excellence (34,12 ; cf 34, 17-21). Job ne peut imposer son point de vue au juje de l´univers : 34, 35-37 ; cf 7,20 ; 35,8 et 36,21). Pour finir, Élihu entonne un cantique à la sagesse de Dieu (36,22-37,24).
11. Dieu répond à Job du plus profond de la tempête : « Quel est celui-là qui obscurcit mes plans avec des propos dénués de sens ? » (38,2). Avec l´évocation de la nature et, tout spécialement, du monde animal si mystérieux pour les hommes, Dieu amène Job à reconnaître la vacuité de sa sagesse : « Sais-tu, toi, quand les bouquetins font leurs petits ? »(39,1). Qui est-il, en conséquence, pour jujer la façon d´agir de Dieu ? Comment peut-il s´ériger en censeur du Dieu de l´univers ? Job n´a plus qu´à se taire : « Le censeur de Dieu va-t-il encore répondre ? » (40,4). Dieu a le pouvoir d´en finir immédiatement avec le méchant ; il le laisse entrevoir dans la manière dont il a limité des animaux terrifiants pour l´homme comme l´hypopotame et le crocodile (40,15-41,26). Et Job de répondre au Seigneur : « C´était moi qui obscurcissais tes plans par des propos dénués de sens(...). Je ne te connaissais que par ouïe-dire, et maintenant mes yeux t´ont vu » (42,2-6).
12. La relation saine avec Dieu, -et spécialement au coeur de la souffrance-, a besoin d´une purification constante. Facilement, nous projetons en lui nos peurs, nos désirs, nos pensées... et nous n´entrons pas en relation avec lui tel qu´il est (cf 42,7.13-17). En réalité, il est meilleur de rester sans réponse et se mettre entre les mains de Dieu que d´adopter des solutions fausses.
*Dialogue : De la figure de Job, qu´est-ce qui attire le plus notre      attention ?Quel enseignement nous apporte-t-elle sur la souffrance humaine ?Et aussi : comment affrontons-nous la maladie ?
-    médicaments (Si 38)
-    en tant que faisant partie de la condition humaine
-    en tant que « passage en revue » de la personne              
-    en tant que « passage en revue » d´accusations (avec raison ou non)
-    en tant que signe du mal : il est mauvais de se sentir mal
-    avec un esprit de rebellion vis à vis de Dieu, en lui demandant des comptes
-    en ayant recours à la prière
-    à la lumière de la Parole
-    en faisant ce que fit Jésus qui passa en guérissant (Ac 10,38).